Misopédie : La domination adulte dans les institutions – Cécile Kovacshazy (dir.)

Le 24 septembre 2026

Misopédie : La domination adulte dans les institutions – Cécile Kovacshazy (dir.)

Ce colloque, comprenant trois éditions (octobre 2024 et 2025 auxquelles s’ajoute, à venir 2026), est consacré à « La domination adulte dans les discours contemporains artistiques, scientifiques,politiques et médicaux ».

La misopédie, étymologiquement la « haine des enfants », désigne le mépris, les préjugés et la domination adulte subis par les enfants et les jeunes gens. C’est une première en France, où les Child Studies ont mis beaucoup de temps à s’implanter mais c’est aussi, en tant que symposium, une première internationale. Parmi les intervenants, on comptait les philosophes allemand Bertrand Stern et nord-américain John Wall (connu pour défendre l’idée d’un droit de vote universel sans limite d’âge), l’Indienne Tanu Biswas, le géographe québécois Thierry Pardo, l’éditrice franco-serbe Daliborka Milovanović, Olivier Maurel (fondateur de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire et agrégé de Lettres), l’autodidacte Yves Bonnardel, auteur d’une impressionnante et inédite synthèse historique sur les mouvements et révoltes d’enfants, ou encore la pédagogue belge Elsa Roland, cette dernière enseignant à nos homologues d’outre-Quiévrain, les candidats au diplôme belge de l’Agrégation de l’Enseignement Secondaire Supérieur (AESS).

L’édition 2025 comprenait, notamment, plusieurs interventions consacrées à l’institution scolaire. Il s’y détachait deux courants : une position radicale allant jusqu’à prôner l’abolition de l’institution scolaire et une réformiste, attachée à la transmission des savoirs au sein des écoles, inspirée notamment par l’enseignant Britannique Derry Hannam qui a lui-même influencé les Scandinaves. 

Je me se situe évidemment dans cette seconde approche. Dans ma présentation intitulée « Les particularités du développement humain, alibis du maintien tardif dans la minorité », est proposée une critique, issue de ma discipline d’enseignement (SVT), de la notion de stade adulte. En biologie évolutive, il est, en effet, très relativisé. Les hétérochronies de développement, théorisées par le biologiste évolutionniste Stephen Jay Gould, montrèrent ainsi que l’espèce humaine a évolué par maintien de la forme juvénile de l’ancêtre. S’en suit une critique du « statut de mineur » et de la délégation d’« autorité parentale » au sein de l’école française, découlant des présupposés adultistes. Plusieurs dispositions y sont pointées : la décision de l’orientation scolaire juridiquement relevant des parents et non de l’élève lui-même, l’absence de consentement des collégiens et lycéens à leur inscription dans un établissement confessionnel (à l’inverse des dispositions existant en Allemagne et en Grande-Bretagne), ce qui constitue une belle lacune dans notre laïcité. Le rapport de l’IGESR de 2025 sur l’établissement Stanislas y est, à cette occasion, décrié, ses auteurs ayant produit cet oxymore : « Le respect de la liberté de conscience implique l’adhésion des parents au suivi d’un tel enseignement », alors que le standard dans les autres pays développés, c’est le consentement des élèves eux-mêmes, au moins à partir de la pré-majorité religieuse (par exemple fixée à l’âge de 12 ans en Angleterre) tant pour assister à des cours de religion que pour en être dispensé. Ces aspects juridiques sont méconnus en France, voire volontairement invisibilisés, comme le prouvent les difficultés à se procurer la thèse de droit comparé de la juriste Sabrina Meddour (L’enfant et la liberté religieuse à la lumière du droit international, européen et français, université de Lyon 3, 2011) qui traite de ces questions. 

Il est, par ailleurs, assez étonnant de voir que nos politiciens, si prompts à s’inspirer de nos voisins pour imposer leurs obsessions néolibérales (« autonomie » des établissements, pouvoir renforcé des directions, suppression des concours nationaux, recrutement local, « professionnalisation » de la formation des enseignants et réduction de son contenu disciplinaire) ne songent pas plutôt à aligner la France sur ces droits des élèves, sachant que, selon le juriste Québécois Dominique Goubau, nous avons environ quarante ans de retard.

Ces approches, novatrices en France, qui valaient, il y a ne serait-ce que dix ans, indifférence voire mépris (plus pressions par un chargé de mission me concernant), suscitent désormais, depuis leurs récents succès, l’apparition de résistants de la vingt-cinquième heure voire de pilleurs se livrant au plagiat. C’est pourquoi je conseille vivement à nos collègues ayant des projets de recherche originaux se sentant isolés et mal reconnus de ne jamais renoncer mais aussi de protéger, dès le début, leurs travaux en les référençant et les datant, voire en les déposant en ligne auprès d’un huissier de justice (la somme est modique), ce avant de parvenir aux premiers articles à comité de lecture répertoriés et protégés par une revue universitaire avec un DOI.

Rodolphe Dumouch


Actes du colloque international Misopédie II des 9 et 10 octobre 2025, organisé par Cécile Kovácsházy, Professeur de littérature comparée à l’université de Limoges et agrégée de Lettres. Y est incluse l’intervention de Rodolphe Dumouch, sociétaire, agrégé de Sciences de la Vie, de la Terre et de l’Univers.