Trotsky – Michel Renouard

Le 27 septembre 2017

Trotsky – Michel Renouard

La collection de poche Folio-biographies, créée en 2005 et dirigée par Gérard de Cortanze, est forte aujourd’hui de plus de 140 titres, dont celui-ci, qui arrive à point pour le centenaire de la « révolution d’Octobre ». Certes, ces volumes ne prétendent pas rivaliser, sur tel ou tel grand homme, avec les énormes biographies qui ont précédé, mais, tout en utilisant la documentation accumulée (la bibliographie occupe ici cinq pages fort précises), ils apportent un éclairage nouveau (« un regard subjectif », dit l’éditeur).

Spécialiste des littératures du Commonwealth, Renouard a déjà traité dans cette collection de personnages complexes, avec un Lawrence d’Arabie (2012) dont le regretté Michel Arrivé a rendu compte dans le numéro 461 de notre revue, et un Joseph Conrad (2014) dont on relira certaines pages aujourd’hui où Au Coeur des ténèbres est au programme de l’agrégation de Lettres modernes. Comme pour ces derniers, Renouard est parvenu ici à pénétrer les arcanes de la vie intime et privée, à brosser un porles méditations qui parcourent l’ensemble de l’oeuvre de François Cheng dans ses divers genres, mais que sa poésie exprime plus et mieux que tout. Elle est le passeur talentueux d’une oeuvre d’exception, qui s’ouvre sur l’éternité. n
Colette Cazenobetrait convaincant de l’homme et de l’écrivain. L’enfance de Lev Davidovitch Bronstein, ses parents, ses deux épouses, ses quatre enfants, revivent sous sa plume alerte. Il n’oublie aucun des séjours en France, où Lev se faisait prénommer Léon.

En linguiste, Renouard est attentif aux changements de nom, aux pseudonymes multiples ; il adopte pour Trotsky (dont il explique le sens) la graphie que son héros utilisait lui-même en français. Mais il s’intéresse aussi aux implications littéraires (Trotsky fut le principal modèle d’Orwell pour Snowball dans Animal Farm). Et il ne néglige pas la carrière du militant révolutionnaire, de l’homme d’État, de l’exilé. Le dénouement rappelle la fin des plus atroces tragédies de Shakespeare : on annonce la mort d’un fils, d’une épouse, et le héros meurt à son tour, dans un bain de sang et avec le plus grand flegme, tel Brutus… Comme tous les volumes de la collection, celui-ci comporte huit pages d’illustrations bien choisies, – en couleur pour les affiches, caricatures ou tableaux.

Par Benoît Le Roux

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Michel Renouard, Trotsky, Gallimard, Folio-biographies n° 139, 2017, 306 pages