La Société des agrégés défendra résolument les principes de l’école républicaine

Par Société des agrégés, le 7 septembre 2026

« La nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État. » — Préambule de la Constitution

Le Bureau de la Société des agrégés, réuni le 5 septembre 2026, a fait le point sur la situation actuelle de l’enseignement et les perspectives d’avenir. Il considère qu’aucune amélioration ne sera possible sans une rupture profonde avec les politiques éducatives de ces dernières décennies et sans une reconnaissance financière, morale et sociale du métier de professeur. L’objectif d’un ministre doit être de réunir les conditions pour faire progresser l’ensemble des élèves tout en permettant à chacun, en fonction de ses efforts et de ses talents particuliers, de trouver sa voie et de tendre vers l’excellence.

Des déclarations ministérielles qui ne sont pas à la hauteur des enjeux

On aurait pu attendre du ministre des déclarations de rentrée à la mesure de l’état désastreux de notre système éducatif. Or, les quatre points évoqués, ressassés dans les médias et illustrés par diverses interventions publiques, ne sont pas à la hauteur des enjeux :

1 – Les périodes de canicule qui se sont invitées dès le mois de juin : quelques déclarations évoquent des aménagements d’examens, qui ne devraient plus avoir lieu que le matin. Pourtant, le sujet est sérieux, ancien et attend toujours un projet sur le long terme, notamment quant à l’investissement matériel et l’aménagement des locaux.

2 – Une diversion, juste avant la date de rentrée, sur l’usage des téléphones portables dans les établissements : le sujet est éminemment grave – des suicides d’adolescents en découlent – et mérite mieux que des mesures précipitées et difficilement applicables. Au demeurant, des effectifs moins pléthoriques permettraient aux professeurs de bien mieux retenir l’attention des élèves en déjouant la distraction des écrans.

3 – Une manipulation grossière, encore avant la date de rentrée, sur la base d’une note récente de la DEPP portant sur les salaires nets moyens : on n’y trouve aucune analyse statistique qualitative par courbe démographique et d’ancienneté ni aucune précision sur la nature des rémunérations et du statut. Dans ces conditions, cette information ne peut être reprise sans être contextualisée au risque d’être biaisée.

La Société des agrégés souligne donc l’instrumentalisation à laquelle a donné lieu cette note d’information de la DEPP, prétendant qu’« un enseignant de l’éducation nationale fonctionnaire ou assimilé perçoit en moyenne 3 090 €; nets par mois » et que « les professeurs agrégés et de chaire supérieure perçoivent les salaires nets moyens les plus élevés : 4 080 euros par mois ». Ces chiffres, qui incluent les heures supplémentaires et diverses primes ou indemnités, ou encore le PACTE et les majorations de rémunération en outre-mer, constituent une moyenne, qui peut dissimuler des écarts importants en fonction de la situation individuelle de chacun, et illustrent un vieillissement du corps enseignant. Au-delà d’une moyenne arithmétique, la réalité que constatent tous les professeurs et qu’ils vivent au quotidien, c’est l’absence de toute revalorisation indiciaire ou indemnitaire en dépit de l’inflation, c’est une baisse constante de leur pouvoir d’achat.

4 – Toujours avant la rentrée, le ministre s’est satisfait du bon taux de réussite aux concours de recrutement de professeurs : une analyse plus fine eût été bienvenue, notamment par académie, niveau et type de concours, en la confrontant aussi aux besoins réels géographiquement identifiés. Cette hypothétique bonne nouvelle devrait, pour le moins, être nuancée, notamment du fait du double concours du CAPES.

Dévalorisation des concours de recrutement

La Société des agrégés dénonce l’idée que la baisse démographique pourrait justifier des suppressions de postes et une diminution des postes offerts aux concours de recrutement, alors que de trop nombreuses classes ont des effectifs surchargés : il faut, au contraire, profiter de cette conjoncture pour améliorer le taux d’encadrement.

Elle déplore aussi la dévalorisation des concours de recrutement avec la réforme du CAPES, qui a lieu désormais en troisième année de licence, suivi d’une formation professionnelle ne garantissant manifestement pas que les futurs professeurs maîtriseront la discipline qu’ils enseigneront.

Le rôle spécifique des agrégés dans l’enseignement

Les autorités ministérielles semblent méconnaître que l’agrégation a une fonction spécifique dans le système éducatif, qu’elle est un pilier de l’enseignement qui, s’il s’effondre, entraînera l’écroulement de tout l’édifice. La Société des agrégés défend résolument le concours de l’agrégation et la reconnaissance des missions spécifiques des professeurs agrégés, définies par leur statut selon lequel ils « assurent leur service dans les classes préparatoires aux grandes écoles, dans les classes de lycée, dans des établissements de formation et, exceptionnellement, dans les classes de collège […]. Ils peuvent également être affectés dans des établissements d’enseignement supérieur ». Le fait que 20 à 25 % des agrégés soient affectés en collège, le plus souvent contre leur gré, constitue un scandale, une atteinte grave à leur statut et un gâchis des compétences en matière de ressources humaines.

Perte de sens du métier de professeur

Les réformes successives ont relégué au second plan la transmission des savoirs, noyée dans la profusion de tâches accessoires. Le métier de professeur a perdu progressivement de son sens. L’école doit retrouver sa mission fondamentale d’instruction et d’émancipation, pour permettre à chacun de se forger une pensée autonome, libérée des préjugés et guidée par la raison. Ainsi, l’enseignement rendrait possible à chacun l’acquisition de connaissances solides, d’un jugement critique et d’une faculté de discernement, afin de se construire et construire son avenir.

Les perspectives d’avenir

La plupart des candidats à la prochaine élection présidentielle commencent à faire des propositions pour améliorer le niveau de l’enseignement, les conditions d’exercice du métier de professeur et, plus généralement, l’efficacité du système éducatif. La Société des agrégés invite à ne pas être dupe des manœuvres électoralistes ou opportunistes qui pourraient être effectuées en cette circonstance. Elle rejettera notamment toute conception qui viserait à instaurer progressivement des établissements autonomes et concurrentiels, ce qui accroîtrait les disparités, se traduirait à terme par des programmes locaux, un recrutement local, dans une logique marchande, où l’éducation deviendrait un marché plutôt qu’un bien commun. Tous les élèves, quel que soit leur milieu social et culturel, qu’ils résident dans des territoires ruraux ou urbains, dans des quartiers privilégiés ou plus difficiles, ont droit, sur tout le territoire, à un enseignement de qualité dispensé par des professeurs qualifiés.

La Société des agrégés estime que les principes fondateurs de notre école républicaine peuvent être restaurés, à la condition qu’on en finisse avec les bricolages ou les mesurettes de circonstance et qu’on rompe avec les errements d’une politique éducative responsable de la crise actuelle de l’enseignement. Ces principes, rappelés dans le Manifeste adopté par l’Assemblée générale du 31 janvier 2026, resteront, au-delà des péripéties électorales, la boussole qui guidera son action.