Rentrée 2026 : des incantations ne font pas une politique
Par Société des agrégés, le 12 mai 2026
Le Bureau de la Société des agrégés a examiné avec attention la circulaire du ministre de l’Éducation nationale définissant les « priorités pour l’année scolaire 2026-2027 ». S’il partage les deux priorités pédagogiques qu’il souligne – « l’acquisition du langage, c’est-à-dire de la capacité croissante à élaborer une pensée complexe » et « l’acquisition et le développement du raisonnement scientifique », s’il approuve en principe la volonté d’exigence affichée, notamment dans les évaluations et dans les examens du brevet et du baccalauréat, il ne peut que, d’une part, constater les contradictions entre ses propos et les réformes qu’il a contribué à mettre en œuvre, d’abord comme DGESCO, puis comme ministre, et qu’il entend consolider, et, d’autre part, s’inquiéter des conséquences d’un revirement aussi brusque et non préparé pour les cohortes proches de l’examen.
L’exigence que le ministre demande dans la correction des examens va à l’encontre des consignes de bienveillance, voire du laxisme qui a prévalu depuis de nombreuses années, auquel les autorités ministérielles ne se sont jamais opposées. Enfin, si l’on peut se réjouir qu’un ministre prenne conscience de ses erreurs et cherche à les corriger, encore faudrait-il, pour être crédible, qu’il donnât les moyens d’atteindre les objectifs énoncés. À cet égard, force est de constater qu’on est loin du compte.
Les élèves, supposés prêts à passer leurs examens dans la version de la dernière réforme, ne peuvent pas, par la volonté soudaine d’un ministre, acquérir en quelques semaines les compétences qui auraient dû être développées et évaluées depuis l’école primaire. Les diminutions horaires dans les socles fondamentaux de connaissances, alliés à des dogmes pédagogiques imposés, ont été vécues par ces élèves en école primaire, au collège et au lycée ; ils ne peuvent en être tenus responsables à l’instant « T ». Par ailleurs, il est illusoire de nous faire croire que les directives du ministre puissent être appliquées, au risque d’effondrement des statistiques des résultats, notamment du baccalauréat, érigées en réussite depuis des années…
Raisonnablement, il faut du temps pour former une génération et les réformes doivent s’appliquer sur la durée, en particulier dans le domaine de l’éducation dont les effets sont inévitablement différés : a minima, un ajustement pour éviter les « rattrapages » iniques imposés par les corps d’inspection lors des jurys pour des élèves qui vont manifestement échouer dans le cycle supérieur serait bienvenu dans l’immédiat, avec adaptation d’année en année selon les réels efforts réalisés dans les enseignements pour les cohortes à venir. À ce sujet, le tabou du redoublement devrait être analysé également en toute objectivité, en faisant confiance aux équipes pédagogiques quant à son efficience au cas par cas.
Enfin, la réforme de la formation initiale des enseignants, avec un recrutement en troisième année de licence, est loin de rendre plus exigeant le recrutement des futurs professeurs. De plus, officiellement destinée à rendre leur métier plus attractif et à « mieux former pour mieux faire réussir nos élèves », elle n’est même pas utilisée pour améliorer, par un meilleur encadrement, les conditions de travail des professeurs et des élèves. Bien au contraire, la baisse démographique devient un argument pour supprimer des postes au lieu de chercher à réduire les effectifs des classes pour mieux accompagner les élèves dans leur marche vers l’exigence. C’est ignorer aussi que, si le nombre d’enfants diminue, il sera nécessaire de les former mieux encore pour répondre aux besoins futurs de la France.
Aucun progrès ne sera possible sans une rupture avec les politiques passées, qui ont montré leur échec. On peut comprendre que, dans la conjoncture politique actuelle, un ministre ne puisse s’engager dans une politique à long terme, mais on ne peut que regretter qu’il présente de vaines incantations comme une politique éducative. L’objectif du ministre devrait être de réunir les conditions pour faire progresser l’ensemble des élèves tout en permettant à chacun, en fonction de ses efforts et de ses talents particuliers, de trouver sa voie et de tendre vers l’excellence.
L’exigence dans l’acquisition de la langue française, dans le développement du raisonnement scientifique et, plus généralement, dans l’enseignement implique notamment le recrutement de professeurs hautement qualifiés, avec une formation disciplinaire solide, et la réduction des effectifs permettant de mieux encadrer et répondre aux besoins de tous les élèves. Pour une telle politique, les paroles sont vaines, seuls les actes sont efficients.