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L'autorité du savoir et non la loi du plus
fort (12/04/2006)
Propositions de la Société des agrégés de l'Université pour soustraire vraiment l'institution, et donc l'instruction, aux violences scolaires (12/04/2006) Introduction
La nécessité absolue de mettre fin aux manifestations de
violence constatées en milieu scolaire, de les empêcher de
se renouveler, et par conséquent de rétablir partout les
conditions de l'instruction, n'est pas une préoccupation
nouvelle pour la Société des agrégés de
l'Université qui, dès le 10 mai 1993, avait soumis au
Ministre de l'éducation nationale des propositions
concrètes, renouvelées et complétées
à plusieurs reprises, mais non suivies de décisions
officielles.
Indigné d'apprendre qu'un jeune professeur d'arts appliqués avait été gravement agressé et blessé dans sa classe du Lycée Louis-Blériot d'Étampes, le 16 décembre 2005, par un lycéen de dix-huit ans, le Bureau de la Société des agrégés de l'Université a décidé de manifester au professeur son soutien et d'adresser au Ministre une vive protestation contre l'inadaptation ou l'insuffisance flagrantes des mesures prises ou envisagées, au regard de ce qu'il s'agit de rétablir, c'est-à-dire le respect absolu et effectif de l'institution scolaire. Le sentiment de peur, qui étreint un nombre sans cesse croissant de ceux qui fréquentent les établissements scolaires, apporte la preuve irrécusable que, dans certains collèges et dans certains lycées, la loi du plus fort a réussi à subvertir la loi de la République. Il résulte de cette subversion que ceux qui se croyaient à bon droit des professeurs, des élèves, des membres du personnel administratif, peuvent, faute de la protection appropriée et efficace que leur doit la République, devenir, pour des prédateurs habiles à tirer parti de ce rassemblement, des victimes exposées à des agressions de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes. Mais quand la loi du couteau transforme la transmission du savoir en un simple cadre circonstanciel pour des agressions préparées ou non, il devient nécessaire de rappeler que c'est la transmission du savoir qui doit faire la loi, et que l'autorité du savoir est incompatible avec celle du couteau. Selon la Constitution de la République française, l'organisation de l'enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État. C'est pour cela qu'aux fonctionnaires chargés de ce devoir, le statut général de la fonction publique assure la protection de l'État, selon les dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983. Une agression commise contre un fonctionnaire de l'enseignement ne saurait être présentée comme relevant d'un état de fait inéluctable, de nature à remettre en cause la fonction originelle des professeurs. Elle est, à l'inverse, un scandale contraire à la protection que l'État doit, sans aucune réserve possible, assurer à ceux qu'il a chargés de la transmission du savoir. La fonction des professeurs est de transmettre le savoir et la culture à leurs élèves ou à leurs étudiants. La sécurité absolue doit être garantie à cette fonction indispensable. À l'avis du Bureau, une agression commise dans un établissement scolaire suffit par conséquent à révéler indubitablement une faute de la collectivité nationale. Invoquer la circonstance que cette faute ne figure pas dans une liste préétablie de « fautes caractérisées » (conférence de presse de la Mission d'inspection générale, le 17 janvier 2006) prouve seulement la nécessité de réviser les critères qui définissent actuellement ces « fautes caractérisées ». Elle ne saurait en aucune façon dispenser la collectivité nationale ni le Ministère de l'éducation nationale de rechercher et de reconnaître les erreurs et les fautes sans lesquelles les actes de violence n'auraient jamais pu commencer de se produire puis de se multiplier comme ils l'ont fait dans les établissements scolaires. Qui peut croire qu'il existera un espoir de faire disparaître ces violences, si les erreurs et les fautes qui les ont favorisées ne sont pas identifiées, si le Ministère de l'éducation nationale ne consent pas pleinement à la réflexion promise, s'il ne consent en réalité qu'à persévérer, par quelques mesures, pour certaines dès longtemps préparées, dans ses erreurs et ses fautes antérieures ? Société des
Agrégés de l'Université, Copyright © 2006
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