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ÉDITORIAUX

TRANSMETTRE LE SAVOIR : LA MISSION LA PLUS NOBLE QUI SOIT


   Les lauréats de l'agrégation, fonctionnaires stagiaires pour la plupart, trouveront dans ce numéro des informations sur leur titularisation, leur carrière, les postes auxquels ils peuvent prétendre. Ils y trouveront aussi des textes qui ont été conçus pour définir leurs droits et leurs devoirs, des règles édictées pour éviter l'arbitraire et le favoritisme, pour protéger non pas l'« emploi » du fonctionnaire, comme on l'a entendu dire récemment, mais sa mission.
    Ils verront aussi que ces mêmes textes ne sont pas toujours respectés, y compris par ceux qui sont chargés de les faire appliquer : augmentation illicite des obligations de service ; entorses aux statuts, notamment pour l'affectation qui devrait être exceptionnelle en collège ; improvisation et absence de prospective, avec l'exigence en 2012 des certificats de compétences en langues et en informatique.

    Les agrégés 2011 se retrouveront aussi avec fierté dans les listes des lauréats aux concours : fierté d'avoir réussi un concours très exigeant, fierté non pas d'être des privilégiés mais d'avoir la possibilité d'exercer à un haut niveau la mission la plus noble qui soit : transmettre les savoirs.
    Le temps de la République des agrégés n'est plus mais nous sommes toujours les agrégés de la République : les agrégés sont au cœur de la vitalité intellectuelle du pays en mettant au service de la Nation leurs hautes compétences dans l'enseignement secondaire et dans l'enseignement supérieur, en France et à l'Étranger, dans la recherche, dans des postes d'encadrement, dans la haute administration.

    L'enseignement et le métier de professeur sont en train de se transformer moins parce que les élèves changent que parce que les politiques et, par contagion, la société tout entière perdent de vue que l'Éducation nationale n'est pas un prestataire de services ni même un simple service public : c'est une Institution qui a le devoir d'instruire, d'« é-lever », de former des citoyens, de rendre l'individu autonome.
    Face à cet idéal, ceux qui considèrent que l'éducation nationale n'est qu'une entreprise dont il faut réduire les coûts, les marchands de compétences et d'illusions, si jamais ils parvenaient à leurs fins, resteraient dans l'Histoire les fossoyeurs de la République.
    La Société des agrégés poursuivra son combat avec optimisme : car l'idéal éclaire et montre le chemin. Ceux qui s'en détournent finiront, un jour ou l'autre, dans l'obscurité.


Le 8 octobre 2011

Jean-Michel LÉOST


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L'ÉDUCATION NATIONALE EST-ELLE MORIBONDE ?


   Tout donne à penser que l'Éducation nationale est moribonde et que sa dernière heure est proche. Ses fonctions vitales s'affaiblissent et, un jour où l'autre, son c½ur cessera de battre. Il ne s'agit pas ici de jouer aux Cassandre ni de se faire le prophète du malheur. Les conditions de la rentrée illustrent malheureusement bien cette agonie.

   La politique de suppressions de postes, purement comptable, se désintéresse de ses conséquences sur les conditions de travail de nombreux élèves et professeurs, sur la qualité de l'instruction, c'est-à-dire qu'elle fait fi des valeurs humanistes. Le recours massif aux heures supplémentaires n'est qu'un palliatif qui retarde provisoirement l'échéance.
    L'autonomie accordée aux établissements permet au ministère de leur laisser le soin de gérer des dotations horaires le plus souvent insuffisantes et de s'effacer lui-même en jouant aux Ponce-Pilate. La concurrence entre les disciplines développe chez les professeurs un instinct de survie favorisant un esprit d'individualisme.
    L'autorité est de plus en plus contestée : celle des professeurs par les élèves ou leurs parents, celle des personnels de direction et d'inspection par les professeurs. Les ressources humaines, malgré les bonnes dispositions de tel Recteur ou de tel personnel, s'occupent des « ressources » et oublient trop souvent ou n'ont pas les moyens d'être « humaines ».
    Les concours de recrutement sont contestés. Les Régions ne veulent plus se contenter de gérer financièrement les locaux et le matériel, elles voudraient aussi avoir leur mot à dire sur l'enseignement et - pourquoi pas - recruter directement les professeurs.

   Ces exemples illustrent bien le mal dont souffre l'Éducation nationale. Ce sont ses principes vitaux qui s'affaiblissent ou meurent un à un : la transmission du savoir disciplinaire formateur, la relation entre le professeur et les élèves dans sa classe, l'autorité du maître fondée sur la confiance, le crédit porté à la hiérarchie, le caractère national de l'enseignement, la conception humaniste de l'éducation...
    Tout le monde a conscience de cette agonie et en tire des conclusions diverses. Les uns pensent que l'autonomie des établissements doit augmenter et libérera l'État de la charge de l'enseignement : ce sont les adeptes d'un système libéral et concurrentiel étrangement associés aux pédagogistes qui veulent étendre leur influence. D'autres ne voient d'autre issue que de créer des écoles hors contrat pour assurer... un enseignement républicain.
    La Société des agrégés ne saurait se résoudre à de telles solutions. L'âme de l'Éducation nationale est en train de mourir ; c'est son âme qu'il faut sauver. Un collègue, devenu depuis inspecteur général, déclarait un jour : « Il faut d'abord défendre les principes ». Et il avait raison. Sans principes, les mesures prises sont au mieux pragmatiques, le plus souvent opportunistes et inefficaces. Elles sont un écran de fumée qui peut dissimuler la réalité, faire un moment illusion, mais n'empêchera pas l'Éducation nationale à terme de mourir. Si les principes sont restaurés, les solutions en découleront d'elles-mêmes et l'Éducation nationale renaîtra.
    Le débat sur l'éducation qui s'ouvre avec la campagne présidentielle sera à cet égard instructif : la Société des agrégés adressera un questionnaire aux différents candidats pour les interroger sur leurs intentions.


Le 5 septembre 2011

Jean-Michel LÉOST


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PRÉPARONS-NOUS À DE NOUVEAUX COMBATS


   Ces dernières semaines, l'actualité a été particulièrement dense, avec l'affaire des fuites au baccalauréat ainsi que la remise en cause, dans un rapport, de l'agrégation et plus généralement des concours de recrutement. La Société des agrégés qui, lors de son assemblée générale du 19 juin, avait adopté des vœux prémonitoires, a suivi heure par heure cette actualité, réagissant immédiatement par des analyses et des communiqués largement diffusés. Ce numéro de L'Agrégation, un peu retardé en conséquence, s'en fait l'écho.

   Les atteintes aux concours sont autant de coups portés contre les principes républicains. L'attaque spécifique contre l'agrégation a révélé une sorte de détestation envieuse à l'égard des agrégés qui, de toutes origines sociales, ont apporté et continuent d'apporter à l'enseignement, à la recherche, à la production d'œuvres littéraires et scientifiques, en politique parfois, dans la diffusion du savoir toujours, une contribution sans égale. Dès le début du processus de la « mastérisation », la Société des agrégés avait mis en garde contre le danger de voir le master supplanter les concours. L'actualité a montré que c'était un risque réel : aussi faut-il les défendre résolument et veiller à ce que leur organisation soit irréprochable.
   Il en est de même pour le baccalauréat. Ses détracteurs le remettent en cause et proposent de le remplacer par un contrôle en cours de formation : mais leur objectif n'est pas un baccalauréat plus équitable, c'est la transformation radicale de l'enseignement.

   La campagne présidentielle mettra sans doute l'éducation au cœur des débats. La Société des agrégés y participera en interrogeant les candidats sur leur conception de l'école, sur leur attachement aux concours disciplinaires, et en faisant valoir ses propres positions.
   De nouveaux combats nous attendent à la rentrée. Chacun d'entre nous doit s'y préparer. Sans jamais désespérer ni se résigner. Il faut affronter l'avenir avec une volonté sans faille et l'espoir inextinguible de le rendre meilleur.


Le 9 juillet 2011

Jean-Michel LÉOST


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DÉFENDRE LE SAVOIR CONTRE L'OBSCURANTISME


   Profitant de la situation créée par les effets conjugués d'une mastérisation hasardeuse, d'une formation principalement fondée sur des considérations budgétaires et d'un mal être des professeurs, privés de reconnaissance morale et financière, les prétendus maîtres à penser de la pédagogie se croient promis à un bel avenir. Les propositions de la CDIUFM aux partis politiques, le rapport Jolion, les déclarations des adeptes du « travailler autrement » vont dans le même sens : haro sur les concours disciplinaires, vive la professionnalisation !

   Ces propositions, présentées comme salvatrices, cachent mal la volonté hégémonique d'imposer, en matière de recrutement et de formation, une pensée unique pour mieux conditionner professeurs et élèves. Les gouvernants, parce qu'ils méconnaissent l'enseignement ou s'en désintéressent, parce qu'ils ne sont guidés que par des objectifs comptables, pourraient être tentés de s'incliner devant ces gourous pédagogiques, d'autant plus dangereux et sûrs d'eux-mêmes qu'ils ont la certitude d'avoir raison.

   Il appartiendra à notre assemblée générale, qui se réunira le 19 juin prochain, de dénoncer tous les avatars de la pensée unique, de montrer qu'il n'est pas d'éducation sans instruction ni d'instruction sans maîtres hautement qualifiés, de proposer des mesures qui contribueront à mieux former les professeurs et à mieux instruire les élèves. Car seul le savoir émancipe et forge le citoyen éclairé de demain. L'ignorance ou l'illusion du savoir n'ont jamais fait la force d'une République : elles font le lit de l'obscurantisme et du totalitarisme. Aucun citoyen, aucun dirigeant ne peut le vouloir.


Le 3 mai 2011

Jean-Michel LÉOST


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L'ÉDUCATION NATIONALE N'EST PAS UNE ENTREPRISE


   Évoquant sur une radio le nouveau régime indemnitaire des chefs d'établissement, le Ministre de l'Éducation nationale a déclaré que cette prime correspondait à « un système éducatif moderne qui se fixe des objectifs et cherche à améliorer ses performances, comme cela existe dans l'immense majorité des entreprises de notre pays1 ».
   Si la comparaison de l'éducation nationale à une entreprise est pour le moins incongrue, la volonté légitime d'améliorer ses performances suppose qu'on s'interroge notamment sur les indicateurs de performance.
   S'il s'agit de répondre à des indicateurs chiffrés (nombre de postes supprimés, taux de réussite préalablement fixé, taux de redoublement, etc.), les dérives et les effets pervers sont évidents : on ferait pire en croyant faire mieux. S'il s'agit en revanche de se donner pour objectif un meilleur accès au savoir et à la culture, l'élévation du niveau des élèves, une organisation de l'enseignement qui favorise le progrès commun tout en permettant à chacun, en fonction de ses capacités et quel que soit son milieu d'origine, de tendre vers l'excellence, alors tous les personnels de l'éducation nationale pourront y concourir avec enthousiasme.

   Encore faudrait-il rétablir entre les personnels et le ministère la confiance qui donne envie d'aller de l'avant. Les conditions de la préparation de la rentrée 2011 - dotations horaires en baisse, suppressions de postes, diminution des heures de première chaire, abandon des règles nationales au nom de l'autonomie des établissements, atteintes aux statuts des professeurs, instauration d'un tronc commun en première, réforme des filières STI aux objectifs incertains - ne vont guère y contribuer.
    La mise en place de nouvelles modalités d'appréciation de la valeur professionnelle des professeurs, qui se substitueraient dès 2012 à la double notation actuellement en vigueur, risque fort, en les plaçant dans un état de subordination accrue, d'accentuer leur défiance à l'égard de leur hiérarchie et de brider l'indépendance et la liberté d'esprit qui leur est nécessaire pour transmettre le savoir. On imagine bien à quels excès peut mener une politique de « ressources humaines » trop inspirée de l'entreprise. Le ministère, poussant jusqu'au bout cette logique, ira-t-il jusqu'à instituer le recours à l' « évaluation à 360 degrés », méthode utilisée par les directions des ressources humaines, qui permet de faire évaluer un individu par la totalité des personnes qu'il est amené à côtoyer dans le cadre de son travail ? Verrait-on alors les professeurs, voire les parents d'élèves ou encore les élèves évaluer les chefs d'établissement ?

   La conversion aux valeurs et aux méthodes de l'entreprise ne rendrait pas l'éducation nationale plus performante. Elle accentuerait les différences entre les établissements et susciterait des succès éphémères et des faillites brutales ; elle découragerait les meilleures volontés et favoriserait les intrigants et les faussaires ; elle provoquerait de nouvelles ségrégations - car il subsisterait toujours quelques établissements privilégiés où les plus fortunés et les mieux informés pourraient mettre leurs enfants à l'abri.
    Ce serait tout le contraire de l'école républicaine.


Le 1er mars 2011

Jean-Michel LÉOST


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1 Cité par La Lettre de l'Éducation n° 692 du 31 janvier 2011.


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IL FAUT LUTTER CONTRE LA DÉSINFORMATION


   Produit de l'ignorance ou plus souvent d'intentions malignes, la désinformation se porte bien. Chez les esprits médiocres, qui se donnent ainsi de l'importance, comme chez les plus habiles, qui se croient tout permis, elle devient une disposition naturelle. La fin justifiant les moyens, pour se donner bonne conscience, plus les moyens utilisés sont contestables, plus on se persuade que la fin est juste.

   Chacun pourrait en trouver des exemples dans son expérience particulière : telle personne, pratiquant la désinformation dans son propre intérêt ; tel responsable politique mettant tout son talent à caricaturer les arguments de ses adversaires plutôt que de débattre avec la volonté de trouver les meilleures solutions ; tel média préférant le sensationnel ou l'émotionnel à ce qui suscite la réflexion.
   La désinformation est également présente dans le débat éducatif. Confortablement installés dans des dogmes et des rituels figés, les uns dans la culture des résultats, d'autres dans un pédagogisme à outrance, d'autres encore dans une vision négative du professeur - « ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal » - tous sont persuadés d'avoir raison et répètent à l'envi des slogans conformistes et réducteurs en prétendant avoir une pensée originale et constructive.

   La désinformation comme l'ignorance favorise la manipulation. Mais elle ne peut l'emporter que si les esprits, insuffisamment armés, n'ont plus les moyens de lui résister. Le meilleur antidote, c'est l'information objective, la réflexion, la confrontation des idées, l'exercice du jugement critique.
   Il est du devoir d'une association comme la nôtre de lutter contre la désinformation en défendant les vertus émancipatrices de l'instruction et la maîtrise du savoir, en promouvant une conception humaniste de l'enseignement et en donnant elle-même l'exemple d'une pensée libre et affranchie des préjugés.


Le 6 décembre 2010

Jean-Michel LÉOST


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TOURNONS-NOUS RÉSOLUMENT VERS L'AVENIR !


   Relisons les pages admirables de Pascal dans la Préface sur le traité du vide. Il réconcilie les anciens et les modernes, montrant comment aux premières découvertes se sont ajoutées, au cours des siècles, d'autres découvertes pour l'enrichissement de tous : « [L'homme], écrit-il, est dans l'ignorance au premier âge de sa vie ; mais il s'instruit sans cesse dans son progrès : car il tire avantage non seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs ». Le progrès vient dans la continuité et la rupture elle-même s'inscrit dans la continuité.

   Cette sagesse pourrait trouver son application dans de nombreux domaines.

   Dans l'élaboration des programmes, qui ne doivent pas émietter ni déstructurer les connaissances. Dans les pratiques pédagogiques, qui doivent trouver leurs fondements dans les principes qui ont fait leurs preuves. Dans l'utilisation des nouvelles technologies, qui sont nuisibles à l'enseignement si elles ne servent qu'à divertir, mais peuvent apporter une aide importante à la transmission des savoirs si on les utilise à bon escient.

   Notre association elle-même s'est beaucoup transformée depuis sa création en 1914 - l'état de la société, l'état des connaissances, l'état des techniques, l'état des publics scolaires ne sont plus les mêmes - mais elle a su le faire sans se crisper sur ses origines ni rompre avec elles, dans le respect de ses principes fondateurs. Elle a su prendre en compte les évolutions du monde et de la société parce qu'elle est vivante. Sans nostalgie du passé, qui n'est qu'impuissance, elle veut, avec enthousiasme et détermination, proposer des modalités permettant de faire vivre au vingt-et-unième siècle les grands idéaux de l'école républicaine. Le colloque qu'elle a organisé les 24 et 25 septembre derniers1 a montré, par la pertinence des interrogations soulevées par les différents intervenants et par la richesse de leurs propos, que la Société des agrégés est bien une force de réflexion et de progrès.

   Ce numéro s'adresse aux sociétaires ainsi qu'à tous les professeurs stagiaires, lauréats de l'agrégation. Ces derniers, confrontés à des conditions de formation particulièrement difficiles, entrent dans un métier qu'ils ont pour la plupart choisi par amour de leur discipline et passion de la transmettre aux élèves et aux étudiants. Certains ressentiront sans doute un jour le « malaise enseignant » que notre rapport a récemment analysé2 mais tous vont chercher à prolonger, malgré les épreuves, avec leurs réflexions, avec leurs découvertes, avec leurs joies aussi, l'homme vivant, produit de plusieurs générations, que Pascal évoquait dans sa Préface. Notre devoir est de les entourer, de les soutenir, de les aider par notre expérience à forger l'avenir.


Le 11 octobre 2010

Jean-Michel LÉOST


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1 De l'Instruction publique à l'Éducation nationale : quel rôle pour l'École  ? Voir page 59 la synthèse du colloque. Les actes en seront prochainement publiés.
2 Ce rapport peut-être consulté sur notre site www.societedesagreges.net.


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LA CRISE DE L'AUTORITÉ


   L'autorité est en crise. Non seulement celle des professeurs mais aussi celle des chefs d'établissement et des inspecteurs. « L'école ne fonctionne que s'il y a une autorité » déclare le Ministre de l'Éducation nationale dans Le Figaro du 26 août 2010. Il précise notamment que « toute violence verbale à l'égard des personnels entraînera une procédure disciplinaire, et toute violence physique donnera lieu à un conseil de discipline ». De telles mesures, si elles sont appliquées, règleront sans doute provisoirement quelques situations difficiles mais ne restaureront pas solidement l'autorité des professeurs.
   Selon des témoignages de plus en plus fréquents, il arrive que l'autorité du chef d'établissement soit subie plus que respectée : le manque de soutien quand des professeurs ont des difficultés avec une classe, le parti pris pour les élèves et leurs parents contre les enseignants, les rapports accusateurs adressés aux Recteurs à l'insu des intéressés contribuent à cette déconsidération.
   L'inspection elle-même est parfois remise en cause quand, par exemple, un professeur dont la valeur a été reconnue devient subitement mauvais d'une inspection à l'autre, lorsqu'un professeur certifié reçu à l'agrégation se voit subitement contester sa capacité à enseigner ou encore lorsqu'un inspecteur se fait le propagandiste sectaire d'une méthode pédagogique à la mode.

   Loin de nous l'idée de contester la hiérarchie par principe. La plupart des professeurs ont connu dans leur carrière et connaissent encore d'excellents inspecteurs et chefs d'établissement. D'où provient leur excellence ? De leur culture, de leur impartialité, de leur hauteur de vue, de leur sens de l'humain également, qui en font des arbitres respectés et dignes de confiance.
   La crise de l'autorité est en fait une crise de confiance. Elle ne se résoudra pas durablement par des sanctions à l'égard des élèves, même si elles sont parfois nécessaires ; ni par des sanctions contre les professeurs, hormis des cas extrêmes, mais par le rétablissement des conditions de la confiance : confiance dans le professeur et dans le savoir qu'il transmet, ce qui implique que l'encadrement et les autorités politiques, aux côtés des professeurs, expliquent et défendent la primauté du savoir ; confiance dans les personnels de direction et d'inspection, ce qui doit inciter le Ministère à recruter pour ces fonctions des professeurs dont la compétence et les qualités humaines sont assurées.

   Lorsque la contestation de l'autorité se développe à ce point - et elle ne concerne pas seulement le monde éducatif - c'est toute la société qui risque d'exploser. L'autorité ne peut se fonder longtemps sur la crainte ni sur la contrainte : elle se fonde sur la confiance qui suscite naturellement le respect et l'envie d'aller de l'avant.


Le 6 septembre 2010

Jean-Michel LÉOST


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L'IMBROGLIO INACCEPTABLE DES TEXTES RÈGLEMENTAIRES ET LÉGISLATIFS


   La « réforme de l'État », qui est au cœur de la politique actuelle, consiste, selon le Gouvernement, à moderniser l'État et à le rendre plus performant. À s'interroger sur le sens de cette entreprise dans une démocratie, on ne peut que répondre qu'elle devrait se traduire par le souci de simplifier les textes, de les rendre plus accessibles et plus transparents pour le citoyen qui, rappelons-le, n'est pas censé ignorer la loi. Or c'est malheureusement loin d'être le cas, comme en témoignent ces quelques exemples d'actualité.

   La circulaire de 1976 définissant la durée légale d'une heure de cours a été abrogée mais rien ne l'a remplacée, si bien que quelques chefs d'établissement s'autorisent de cette lacune pour décider de raccourcir les heures de cours et récupérer du temps pour d'autres activités pédagogiques - ce qui est illégal. Tout récemment, les étudiants envisageant de se présenter aux concours de recrutement à la prochaine session ont pu apprendre par un décret du 28 mai publié au JO du 30 mai - deux jours avant l'ouverture des inscriptions - qu'ils devraient désormais justifier du diplôme de référence au moment de l'admissibilité ainsi que de l'obtention d'un certificat en langues de l'enseignement supérieur et d'un certificat en informatique. L'incertitude pèse sur les textes applicables qui définissent ces certificats.

   La nouvelle formation des professeurs, mise en place dès la rentrée prochaine, est théoriquement encadrée par une circulaire ministérielle mais il revient à chaque rectorat de l'organiser pratiquement et de la définir. De façon insidieuse, c'est le niveau local qui prend le pas sur le niveau national et l'imbroglio des textes augmente, chaque situation différant d'une académie à l'autre. Plus grave encore, aucun texte ne prévoit à ce jour les conditions de la titularisation des professeurs stagiaires recrutés pour l'année 2010-2011.

   Le projet de loi portant réforme des retraites prévoyait notamment que les fonctionnaires ayant trois enfants et quinze ans de service effectifs avant le 1er janvier 2012 conserveraient la possibilité de liquider leur pension par anticipation mais que les règles de calcul changeraient à compter du 13 juillet 2010 - ce qui contraignait les personnes concernées à prendre en quelques jours une décision lourde de conséquences. Étrange loi non encore déposée en Conseil des Ministres, non encore votée par le Parlement, qui contraignait des citoyens à l'appliquer par anticipation ! Ce n'est que devant le nombre important des protestations que le Ministère du Travail a repoussé le délai au 31 décembre 2010.

   Il est inutile de chercher à savoir si cet imbroglio des textes est sciemment organisé ou s'il résulte de la précipitation ou de l'incompétence. Produit du hasard ou création d'une volonté, ses effets sont les mêmes : il fait entrer le citoyen dans un monde kafkaïen où plus rien n'a de sens, où chacun se voit soumis à des règles qui lui sont cachées, et où l'on est donc toujours forcément coupable. Cette absence de publicité de la loi nuit à l'exercice d'une liberté responsable, elle fait le lit de la tyrannie. Devant une telle évolution nous devons, plus que jamais, rester vigilants.


Le 1er juillet 2010

Jean-Michel LÉOST


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CONSTRUISONS L'AVENIR !


   Tout se passe comme si nos gouvernants se contentaient d'accompagner des évolutions jugées inéluctables, comme si l'enseignement était soumis à un « sens de l'Histoire ». L'harmonisation européenne, « l'économie de la connaissance », le développement du numérique, l'évaluation des compétences, la culture du résultat, l'autonomie des établissements, le travail en équipe sont considérés comme des principes sacrés sur lesquels il est sacrilège de s'interroger. L'on ne peut que suivre le chemin tracé sous peine d'être dénoncé comme hérétique.

   Dans le domaine pédagogique, les professeurs se voient contraints d'adhérer aux principes nouveaux. Certains chefs d'établissement, voire des inspecteurs, commencent à oublier leur fonction de soutien et de conseil, qui fait leur légitimité, et se font les complices, volontaires ou obligés, de cette immense duperie. On prétend même exercer sur les futurs professeurs un contrôle idéologique en mesurant, lors des concours de recrutement, leur capacité à « agir en fonctionnaire de l'État et de façon éthique et responsable ». A-t-on envisagé que le fonctionnaire, qui se veut au service de la République, pourrait ainsi se voir assujetti à ceux qui, consciemment ou par aveuglement, en saperaient les fondements ?

   Les professeurs connaissent les évolutions de la société et les nécessités économiques : il faut en tenir compte mais elles ne doivent pas dicter les politiques éducatives. Ils constatent qu'il est plus difficile d'enseigner aujourd'hui qu'autrefois mais ne renoncent pas à faire de la transmission du savoir leur mission première : ils sont convaincus que le savoir est émancipateur, source de liberté réfléchie, de jugement critique et de promotion individuelle. Ils souffrent d'un manque de considération et de reconnaissance alors qu'ils sont le levain qui fait éclore les talents et les intelligences.

   Notre Assemblée générale, qui se réunira le dimanche 6 juin 2010, débattra de la réforme du lycée, du recrutement et de la formation des professeurs, de la revalorisation de leur carrière, bref, de l'avenir de l'enseignement. Sans se complaire dans la nostalgie du passé ni céder au fatalisme ou à la résignation. En se souvenant de ce que l'école a apporté à de nombreuses générations. En refusant que l'école se mette exclusivement au service des marchés économiques. En revendiquant pour le professeur la liberté individuelle et responsable qu'il a aussi le devoir de susciter chez ses élèves. En faisant vivre l'humanisme.

   Ensemble nous construirons l'avenir.


Le 9 avril 2010

Jean-Michel LÉOST


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LA « MALADIE DU CONCOURS » ?


   Quelle que soit sa sensibilité politique et l'estime que l'on porte ou non au chef de l'État, on ne peut que regretter que Nicolas Sarkozy, lors d'une émission sur TF1 le lundi 25 janvier 2010, ait cru bon devoir déclarer que « la maladie de la France, c'est la maladie du concours » et ironiser sur les « bêtes à concours ».
   En critiquant ainsi les concours, Nicolas Sarkozy, tout en cédant de façon fort regrettable à la démagogie dans des circonstances où il voulait séduire, a apparemment exprimé une conviction personnelle profonde : n'avait-il pas déjà, le 19 septembre 2007, lors d'une allocution prononcée à l'Institut Régional d'Administration de Nantes, souhaité une réflexion sur « la culture des concours » et dénoncé le lendemain sur TF1 « la maladie des examens et des concours » ? Il a, du même coup, implicitement rappelé que la meilleure façon de réduire le nombre de fonctionnaires était de ne plus les recruter par concours mais de leur proposer des contrats.

   La Société des agrégés ne cesse de rappeler que les concours nationaux sont la mise en ½uvre efficace des valeurs de la République et la garantie par excellence de l'accessibilité de tous, nés libres et égaux en droits, à tous les emplois publics, selon leurs seules vertus et leurs seuls talents, conformément au Préambule de notre Constitution. Ce qui est insupportable, c'est que le coup porté par le Président semble donner raison aux attaques régulièrement exprimées dans les médias en général et tout particulièrement, lors de la récente polémique sur l'ouverture sociale des grandes écoles, où s'est illustré Richard Descoings.
   En effet, ce qui est vrai pour le recrutement des fonctionnaires l'est aussi pour l'accès aux grandes écoles qui doit se faire sur concours. La diversité sociale doit être obtenue par des mesures d'incitation, d'accompagnement et de tutorat, et surtout par le rétablissement partout en France des conditions permettant de transmettre à tous les élèves, quel que soit leur milieu d'origine, le savoir et la culture. Toute autre solution serait discriminatoire. Or, loin d'aller dans ce sens, la réforme du lycée organise les inégalités entre les établissements et entre les élèves au lieu d'instaurer un système qui permettrait à la fois d'élever le niveau des connaissances disciplinaires et de culture générale de l'ensemble des élèves tout en permettant aux meilleurs de se distinguer selon leurs talents.

   Non, Monsieur le Président de la République, la France n'est pas malade des concours : c'est la République qui est malade parce que ses valeurs sont négligées, oubliées, remplacées par des considérations exclusivement comptables, utilitaristes et démagogiques, parce que son idéal se réduit à la transmission aléatoire de quelques compétences destinées à produire, au lieu de citoyens éclairés, des travailleurs résignés et des consommateurs soumis.
   C'est ainsi que se construit insidieusement une société qui rabaisse au lieu d'élever et asservit au lieu d'émanciper. Notre devoir est de le dire et de le dénoncer.


Le 8 février 2010

Jean-Michel LÉOST


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DÉFENDONS LE SAVOIR


   En choisissant de faire du lycée un « lieu de vie », en réduisant la part disciplinaire de l'enseignement au profit d'activités diverses, en accordant aux établissements une autonomie accrue, sous prétexte de mieux s'adapter aux situations locales, le Ministre de l'Éducation nationale porte un coup à l'autorité du savoir et à l'égalité républicaine.
   En édictant un principe général selon lequel les concours de recrutement auront désormais deux épreuves d'admissibilité à caractère disciplinaire et deux épreuves d'admission comportant une dimension professionnelle, il prend le risque de recruter des enseignants qui ne domineront pas leur discipline et ne pourront enseigner aux élèves que leur ignorance. A-t-il seulement envisagé les dégâts qu'une telle réforme pourrait produire sur les générations futures ?
   Les autorités de l'État ont-elles été sensibles à la campagne de désinformation menée par la CDIUFM, qui veut garder la main sur la formation des futurs enseignants, par la CPU, qui se désintéresse des concours, et par des courants pédagogiques qui ont la certitude d'avoir raison et, comme tous les fanatiques, veulent imposer leurs dogmes ?

   Dans ces circonstances, il est du devoir de toutes les organisations, de tous les représentants de la Nation, de toutes les personnalités qui pensent que seul le savoir est émancipateur, facteur de progrès et de création, de dénoncer des sophismes qui engendrent l'obscurantisme.
   Il faut refuser un système d'enseignement où le savoir réfléchi disparaît au profit de « compétences » mécaniquement acquises ; il faut dénoncer la supercherie qui consiste à faire croire qu'on peut bien enseigner ce que l'on connaît mal, alors que la pédagogie prend sa source et sa vitalité dans la maîtrise de la discipline ; il faut refuser l'augmentation des disparités entre les établissements et ne pas renoncer à l'idéal républicain de l'école.
   La réforme du lycée, comme la réforme du recrutement et de la formation des maîtres, est le produit d'une attaque contre le savoir. Il faut organiser la résistance contre tous ceux qui, sciemment ou par inconscience, en deviennent les fossoyeurs.

   L'ignorance n'a jamais fait la force de la République.


Le 8 décembre 2009

Jean-Michel LÉOST


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LE MINISTÈRE DE L'HUMAIN ?


   Le Ministre de l'Éducation nationale, porte-parole du Gouvernement, évoquant les « rencontres », les « échanges » et les « déplacements » qu'il a effectués depuis sa nomination, a récemment déclaré : « J'[en] ai retiré une conviction forte : le ministère de l'Éducation nationale, c'est d'abord le ministère de l'humain » (Comité technique paritaire ministériel, 1er octobre 2009). Cette conviction, si elle veut ne pas rester une vaine formule, doit rapidement déboucher sur des actes concrets.

   Est-il humain, en effet, que certains rectorats refusent à de jeunes agrégés un détachement ou une mise en disponibilité pour poursuivre des études doctorales ou postdoctorales, sous prétexte d'un déficit de professeurs dans leur discipline, compromettant ainsi leur avenir au point que certains ont envisagé de démissionner ?
    Est-il humain que des professeurs, notamment des titulaires sur zone de remplacement, soient affectés comme des pions interchangeables sans tenir compte de leur qualification ?
    Est-il humain qu'un petit nombre de chefs d'établissement, voire d'inspecteurs pédagogiques régionaux, se comportent comme de « petits chefs » et imposent aux professeurs leur incompétence ou leur dogmatisme, portant ainsi préjudice à l'ensemble des corps d'encadrement ?
    Est-il humain que les élèves méritants, dans certains quartiers, n'aient d'autre issue, pour acquérir un peu de savoir, que de fuir leur établissement ?

    Si le Ministre de l'Éducation nationale veut être le Ministre de l'humain, il doit réorganiser la gestion des ressources humaines qui, quelle que soit la qualité des personnes qui y travaillent et leurs efforts pour trouver des solutions individuelles, fonctionne globalement comme une lourde machine aux rouages implacables. Il doit soutenir les professeurs qui subissent les caprices et les fantaisies de quelques tyranneaux qui ne justifient leur autorité que par leur titre, non par leurs compétences, et dont on se demande parfois sur quels critères ils ont été recrutés. Il doit rétablir dans les collèges et les lycées, dans l'opinion publique en général, le respect du savoir en affirmant, par les décisions qu'il prendra prochainement sur la réforme du lycée ou celle du recrutement, que c'est l'humain et donc le savoir libérateur qu'il faut développer en l'homme. Il doit enfin revaloriser la carrière des professeurs et non leur faire l'aumône.
    Dans son discours, le Ministre de l'Éducation nationale compare le professeur à « ce 'hussard noir' qui donne confiance, permet de s'élever, de surmonter les hasards de la naissance », déclarant que « l'école incarne le cœur de notre pacte républicain » : se rend-il compte que ce cœur menace de cesser de battre ?


Le 12 octobre 2009

Jean-Michel LÉOST


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RÉDUIRE LES INÉGALITÉS ?


   Dans un entretien au journal Le Monde du mercredi 26 août 2009, le Ministre de l'Éducation nationale, constatant que le pourcentage d'enfants d'ouvriers et d'employés est faible en classes préparatoires, a déclaré : « Il faut que chacun ait sa chance. L'éducation nationale doit être un réducteur d'inégalités ». La réforme du lycée et celle du recrutement et de la formation des enseignants, qu'il doit mettre en œuvre dans les prochains mois, peuvent lui donner l'occasion de réaliser ce « défi ».

   Comment réduire les inégalités ?
   Serait-ce en se laissant guider par les sirènes des « sciences de l'éducation », qui prétendent connaître la vérité, tendent à se substituer aux connaissances scientifiques et défendent des théories que leurs partisans présentent comme salvatrices alors que l'expérience a prouvé qu'elles sont dévastatrices ? Ces « novateurs » ont enfanté le conservatisme et le dogmatisme le plus étroit.
   Serait-ce en faisant du lycée « un lieu de vie », comme l'a souhaité le Ministre ? Si le lycée doit être un « lieu de vie », ce doit être un lieu de vie intellectuelle et culturelle où le savoir s'acquiert, où les talents s'épanouissent, où ne restent pas, sur le bord du chemin, tous ces Mozart que le système assassine parce qu'il les a privés de la connaissance émancipatrice à laquelle ils avaient droit.

   Le lycée doit élever le niveau des connaissances et la culture générale de l'ensemble des élèves tout en permettant aux meilleurs de se distinguer, quel que soit leur milieu d'origine.
   Il faut aussi mener une politique pour rétablir dans les esprits et dans les faits l'autorité du maître et le respect du savoir. C'est la condition première d'un enseignement efficace. L'autorité du maître provenant essentiellement de ses compétences disciplinaires, il faut recruter des professeurs qui dominent leur discipline, qui ont la passion du savoir et de la transmission du savoir. Car un professeur n'enseigne bien que ce qu'il aime et ce qu'il maîtrise, et ces qualités lui permettent de s'adapter intelligemment aux particularités de ses élèves.
   Pour réduire les inégalités, il faut reconnaître au savoir et à la culture une place centrale dans les établissements scolaires. Le Ministre doit le réaffirmer et en tirer toutes les conséquences pour la réforme du lycée, ainsi que pour la réforme du recrutement et de la formation des professeurs.


Le 8 septembre 2009

Jean-Michel LÉOST


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RES, NON VERBA


   En ce qui concerne l'enseignement, la déclaration du Président de la République devant le Parlement réuni en congrès le lundi 22 juin 2009 est, dans sa formulation, fidèle aux principes de l'école républicaine. Comment ne pas souscrire à des propos comme « la République, c'est la promotion sociale fondée sur le mérite et le talent [...]. La République tire tout le monde vers le haut. L'égalitarisme, c'est le nivellement par le bas » ? Évitant d'ouvrir le débat sur le terme de « discrimination positive », le Président de la République a convenu que l'aide apportée aux plus démunis devait se faire sur des « critères sociaux » et non « ethniques ». Il a affirmé qu'il fallait investir dans les internats d'excellence et dans les écoles de la deuxième chance : « Je souhaite que l'État prenne à sa charge, dans des internats d'excellence, les enfants de milieu modeste qui ont le goût de l'étude pour leur fournir de bonnes conditions de vie et de travail. Je dis que c'est mieux pour nos finances publiques de valoriser toutes les intelligences, tous les talents plutôt que d'en laisser perdre une partie. Le gaspillage des intelligences, des talents, c'est le pire des gaspillages pour un pays ». Comment ne pas approuver ces paroles ?

   On peut cependant regretter que la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant pour la retraite, qui touchera nécessairement l'éducation nationale, ait été confirmée et rende a priori difficile la réalisation de ce projet; que la crise qui touche l'enseignement, de l'école primaire au lycée, n'ait pas été diagnostiquée ; que le souhait de créer « les conditions d'une vie meilleure [pour les élèves] dans les lycées » omette de préciser que le bonheur est également issu de l'effort et du travail ; enfin, que les professeurs, qui cherchent, dans des conditions souvent difficiles, à faire progresser leurs élèves ne soient pas mentionnés.
   Il reste que ce discours, dans sa formulation, rejoint sur le fond les réflexions de notre Assemblée générale du 14 juin sur le rôle du lycée : « Afin de répondre aux exigences de l'idéal républicain, le lycée doit [...] chercher à élever le niveau des connaissances disciplinaires et de culture générale de l'ensemble des élèves tout en permettant aux meilleurs d'entre eux, quel que soit leur milieu d'origine, de se distinguer par leurs talents ».

   Il s'agit maintenant de traduire en actes ce discours. Car seuls les actes prouvent la sincérité des intentions. Il faut également sortir des ambiguïtés, car si « le modèle républicain reste notre référence commune », si « nous rêvons tous de faire coïncider la logique économique avec cette exigence républicaine », si « la réforme du lycée c'est l'un des meilleurs investissements que l'on puisse faire pour l'avenir », il faut penser non seulement au bénéfice économique mais aussi au progrès humain qui pourront en résulter. À travers l'enseignement, c'est une conception de l'homme et de la société qui est en question.
   Dans les mois à venir, la Société des agrégés aura un rôle essentiel à jouer : contribuer à sauvegarder et à faire vivre, au vingt-et-unième siècle, les grands principes de l'école républicaine. Notre devoir sera d'informer, d'éclairer et de convaincre.


Le 23 juin 2009

Jean-Michel LÉOST


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L'HUMANISME EST-IL PÉRIMÉ ?


   Au sens courant du terme, l'humanisme désigne ce qui est humain par opposition à ce qui est inhumain ; il se traduit par des qualités éthiques comme la solidarité, la tolérance ou la simple humanité, ainsi qu'intellectuelles comme l'absence de préjugés et le jugement critique. L'humanisme, c'est aussi la curiosité pour le savoir, la culture, les arts, c'est l'invention, la découverte...

   Il n'est que de considérer l'actualité dans le domaine de l'enseignement pour comprendre que l'humanisme est en déclin. La gestion des ressources humaines, quelle que soit la qualité des personnes qui y travaillent, est une machine aux rouages parfois inhumains ; dans certains programmes d'enseignement, l'utilitaire tend à l'emporter sur l'utile ; les caprices de la mode ou les fantaisies des prétendus pédagogues veulent s'imposer comme la vérité suprême ; la culture de l'évaluation remplace la culture ; l'individualisme et la concurrence supplantent la nécessaire émulation et la complémentarité. Le mode de pensée lui-même est perverti ; les mots n'ont plus de sens ; le faux et le vrai, le parti pris et l'objectivité se confondent ? L'Homme se perd et se détruit dans cet environnement.

   Tout est-il pour autant perdu ? L'humanisme est-il périmé ? Il ne faut surtout pas céder au fatalisme ni à la résignation. Les valeurs de l'humanisme sont le fondement de l'école républicaine et, si le monde évolue, si le public scolaire n'est plus le même aujourd'hui qu'hier, si les contraintes de l'économie doivent être prises en compte, ce n'est pas en renonçant à ces valeurs qu'un progrès sera possible, c'est en les adaptant aux situations nouvelles.
   Notre Assemblée générale, qui se réunira le dimanche 14 juin, aura pour objectif et pour devoir d'étudier tous les dossiers d'actualité, de rechercher et de proposer les solutions qui permettront de reconstruire un enseignement humaniste. Car, au-delà de l'enseignement, ou plutôt à travers l'enseignement, c'est une conception de la société et de l'homme qui est en jeu. Défendre l'humanisme, c'est construire le seul rempart contre un totalitarisme insidieux, qui s'installerait d'autant plus facilement que de moins en moins de personnes auraient la capacité de jugement nécessaire pour le discerner.


Le 4 mai 2009

Jean-Michel LÉOST


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CELA S'APPELLE L'AURORE...


   La crise que nous connaissons n'est pas seulement économique, c'est aussi une crise des valeurs, qui touche en particulier l'enseignement. Si l'enseignement primaire est en crise, si l'enseignement secondaire est en crise, si l'enseignement supérieur est en crise, ce n'est pas du fait de la seule maladresse de tel ou tel responsable politique, sorte de bouc émissaire qu'on chargerait de toutes les fautes : c'est que rien n'a plus de sens.
   La référence aux valeurs humanistes, fondements de notre école républicaine, est inexistante ou ne sert plus que d'ornement à des discours froidement pragmatiques, ouvertement matérialistes, voire simplement intéressés. Inconsciemment parfois : tant le mode de pensée lui-même est perverti.

   Les enseignants du secondaire, qui découvrent actuellement leur dotation horaire globale et les mesures de carte scolaire, qui sont régulièrement et improprement désignés comme les « employés » d'un État « employeur », se sentent dépouillés de la mission d'instruction et de promotion sociale qu'ils considèrent comme leur vocation ; les futurs candidats aux concours se demandent quelle sera leur condition ; les enseignants-chercheurs s'inquiètent de l'avenir de la recherche et du devenir des universités.
   Le Gouvernement, qui veut paraître prendre l'initiative, cherche à réparer les erreurs commises par précipitation, les fautes d'appréciation ou les défauts d'information, et fait quelques concessions. Il manque un projet mobilisateur, fondé sur les valeurs humanistes et républicaines, qui redonne espoir et confiance en l'avenir.

   Face à cette crise, il faut se garder d'une attitude manichéenne et chercher à porter un regard impartial sur la situation : dans le domaine de l'éducation, les torts sont largement partagés et les gouvernements précédents ont une responsabilité au moins aussi grande que le pouvoir actuel.
   Il faut surtout ne pas désespérer. La crise et la contestation qu'elle engendre, malgré ses contradictions et ses intentions parfois inavouées, révèlent un besoin profond de réflexion, de vérité et d'idéal. Quand un tel besoin s'exprime - et les hommes politiques de tous bords peuvent en prendre conscience -, même si l'on a le sentiment que tout va mal, rien n'est définitivement perdu.
   Chaque jour qui se lève peut être prometteur : cela s'appelle l'aurore ...


Le 3 mars 2009

Jean-Michel LÉOST


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NOTRE COMBAT POUR L'ÉCOLE RÉPUBLICAINE


   Le nombre des communiqués de presse publiés depuis le mois d'octobre illustre l'activité intense du Bureau ces dernières semaines. La réforme du lycée, après la précipitation première, après les hypothèses lancées par le Recteur Jean-Paul de Gaudemar - qui ont largement contribué à susciter les craintes et les inquiétudes des professeurs - paraît se concentrer actuellement sur la classe de Seconde, que le Ministre voudrait mettre en place à la rentrée 2009. Ce dernier pourrait apporter des précisions dans les jours prochains.

   Si le Ministre semble comprendre en partie les inquiétudes exprimées par la Société des agrégés, rappelées lors de l'audience du 4 décembre 2008, il ne comprend guère son opposition aux nouveaux concours de recrutement des professeurs et à la « mastérisation », qui rehausseraient le niveau de formation, justifieraient une revalorisation des carrières et permettraient de s'engager dans la voie d'une harmonisation européenne. Or, si la Société des agrégés se réjouit que l'agrégation soit épargnée - tout en maintenant ses réserves sur la place du master et sur les modifications apportées aux épreuves d'admission - et que soient définies les fonctions spécifiques des agrégés, elle ne saurait approuver la transformation radicale du CAPES. Elle estime que la « mastérisation » des concours ne répond pas à des objectifs disciplinaires ; elle s'interroge sur une revalorisation des carrières dont on ne sait rien de précis ; elle craint que les véritables intentions ne restent dans le non dit: outre l'harmonisation européenne - mais où est donc l'exception culturelle française ? -, ne s'agirait-il pas de créer un vivier de titulaires d'un master d'enseignement, non reçus aux concours, dans lequel les Recteurs ou les chefs d'établissement pourraient puiser ? Cette hypothèse a été évoquée dans trop de rapports pour pouvoir être écartée.

   La Société des agrégés veut mettre le savoir au centre du système éducatif : non pas par nostalgie d'un passé qui serait révolu, mais dans l'intérêt de tous les élèves, quels qu'ils soient. C'est le savoir, en effet, qui émancipe, c'est le savoir qui fonde l'esprit critique, c'est le savoir qui forme des citoyens libres et éclairés, c'est le savoir qui permet de maîtriser, le mieux possible, son avenir. Tel est notre combat : un combat pour résister à ce qui nous paraît porter atteinte à l'école républicaine, un combat pour convaincre les autorités politiques que seul le savoir est fédérateur et qu'il doit être le principe de toute réforme.


Le 8 décembre 2008

Jean-Michel LÉOST


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L'ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE DOIT ÊTRE HUMANISTE


   Peut-on concilier les contraintes budgétaires imposées par Bercy et une réforme du lycée pédagogiquement utile et efficace ? C'est le pari hasardeux du Ministère, si l'on en juge par ce que l'on connaît à ce jour de son projet.
   Les concours permettront-ils de recruter de bons professeurs si les épreuves disciplinaires sont réduites ou remplacées par des épreuves portant sur l'histoire de la discipline, sur la connaissance du système éducatif ou sur la planification et l'organisation d'un enseignement ? Il est permis d'en douter.
   La suppression annoncée de postes dans le budget 2009 améliorera-t-elle les performances de l'école et le fonctionnement des ressources humaines ? Il n'y a que le Ministère qui paraît le croire.

   L'avenir de l'éducation nationale se jouera sans doute dans les prochains jours et les prochaines semaines.
   La réforme du lycée, si les orientations actuelles sont confirmées, risque de déboucher, dans la plupart des établissements, sur une diminution des exigences disciplinaire et un appauvrissement du savoir et de la culture. Les inégalités s'accroîtront entre les élèves : les mieux informés sauront trouver le profil et l'établissement les mieux adaptés à leur projet personnel, ils trouveront ailleurs qu'à l'école un supplément de culture, tandis que la majorité des lycéens, ne recevant qu'un enseignement minimum, seront démunis et presque inéluctablement promis à l'échec et dans l'enseignement supérieur et dans leur avenir professionnel. Au mieux pourront-ils acquérir quelques compétences limitées pour devenir des travailleurs et des consommateurs qui ne se posent pas trop de questions.
   Les concours de recrutement seront-ils dénaturés ? Si le Ministère assure que l'agrégation sera épargnée, le CAPES semble d'ores et déjà programmé pour devenir un concours de recrutement où sera évaluée la capacité théorique d'un professeur à s'adapter au public scolaire plutôt que son savoir disciplinaire et son aptitude à le transmettre.

   Les questions posées par la réforme du lycée et des concours de recrutement, auxquelles le Ministre devrait prochainement répondre, dépassent le domaine de l'enseignement. C'est une conception de la vie et de la société qui est en cause. L'école de la République doit mettre l'homme, le savoir et la culture au-dessus des considérations budgétaires. Elle doit se donner pour objectif le progrès intellectuel et social de chacun, elle doit susciter le goût et la curiosité du savoir, elle doit développer le jugement critique qui se fonde sur des connaissances solides.
   L'école de la République doit être humaniste ou elle ne sera plus.


Le 4 octobre 2008

Jean-Michel LÉOST


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« L'ANNÉE DES ENSEIGNANTS » ?


   Le Ministre de l'Éducation nationale a déclaré que « l'année 2008-2009 [serait] l'année des enseignants ». Dans sa conférence de presse du 28 août, il a présenté plusieurs mesures dont certaines sont approuvables, d'autres discutables, d'autres enfin intolérables : il a confirmé l'attribution d'une prime de 1500 euros aux nouveaux titulaires ; il a annoncé une prime de 500 euros pour les professeurs qui effectueraient trois heures supplémentaires-année ; il a rappelé l'augmentation des ratios de promotions à la hors-classe - qui n'est, pour les agrégés, que la réalisation de l'engagement pris par son prédécesseur devant la Société des agrégés, le 30 janvier 2007, mais qui reste insuffisante ; il prévoit pour la rentrée 2010 une revalorisation des débuts de carrière mais n'évoque pas la revalorisation de l'ensemble de la carrière ; enfin, il a confirmé que « l'Éducation nationale [poursuivrait] en 2009 son effort de réduction de l'emploi public, en ne renouvelant pas environ 13500 départs en retraite ».

   Du point de vue pédagogique, « l'année des enseignants » s'annonce aussi sous des signes ambigus ou inquiétants. Xavier Darcos veut mettre en place « une école moderne », ou plutôt une école « nouvelle génération ». Il la définit comme « une école qui va puiser ses principes aux sources mêmes du projet républicain, et non dans les habitudes ou les travers accumulés au cours de son histoire récente », mais aussi comme « une école qui fait progresser les libertés des élèves et de leurs familles », ou encore une école dont « le propre [...] est de repenser en profondeur le rôle de chacun des acteurs de la communauté éducative ». En ce qui concerne les réformes structurelles, il ne dit rien du collège, n'évoquant que la réforme de l'école primaire et les orientations de la réforme du lycée, qui semblent avoir des objectifs plus budgétaires que pédagogiques.

   Enfin, si le principe des concours nationaux a été réaffirmé en conseil des ministres, le 2 juillet 2008, on ne peut que s'interroger sur la nature de leurs épreuves, sur le temps réservé à la préparation des concours, sur les conséquences de la « mastérisation ».

   Ce numéro de L'Agrégation revient sur tous ces sujets et rappelle, en cette rentrée, les priorités immédiates de la Société des agrégés : la défense de l'agrégation et du CAPES, avec un nombre important de postes et des épreuves disciplinaires de haut niveau ; une réforme du lycée qui respecte le principe de programmes et d'horaires nationaux, qui ne conduise pas à une diminution des exigences disciplinaires et qui ne dénature pas la mission du professeur : la transmission du savoir ; l'exigence d'une affectation des professeurs agrégés conforme à leur qualification et à leurs compétences.

   Le Ministre de l'Éducation nationale doit résister à une vision purement comptable de l'enseignement : sinon, cette année risquerait bien d'être l'année du triomphe des technocrates et du déclin précipité de l'école républicaine.


Le 1er septembre 2008

Jean-Michel LÉOST


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DANS LE CHAOS DES RÉFORMES OBSCURES...


   La politique éducative manque de clarté. L'actualité en fournit de nombreuses illustrations. Xavier Darcos publie les nouveaux programmes de l'école primaire, réforme salutaire après tant d'errements, le lobby des sociologues de l'éducation, parmi lesquels Philippe Meirieu, dénonce ces programmes et lance un appel pour « sauver l'école primaire » : mais, selon Le Monde de l'éducation, qui parle du « virage pédagogiste » du Ministre, le lycée 2009 emprunterait beaucoup aux pédagogues et reprendrait nombre de propositions du rapport Meirieu de 1998. La « feuille de route » sur la réforme du lycée, dont une première analyse est publiée dans ce numéro de L'Agrégation, est pareillement contradictoire.

   Un autre exemple, avec la réforme des concours de recrutement et la « mastérisation ». Certains y voient la mort programmée des IUFM : le parti pédagogiste ne crie-t-il pas au scandale ? De leur côté, les IUFM se disent prêts à relever le défi, à s'adapter aux nouvelles modalités, à créer des masters, bref à pratiquer en amont ce qu'ils pratiquaient en aval. La position du Ministère à cet égard reste confuse.

   La confusion règne également en ce qui concerne la situation matérielle et morale des professeurs. La revalorisation du métier d'enseignant est officiellement à l'ordre du jour, mais les mots sont contredits par les actes : la gestion des ressources oublie souvent d'être humaine ; les procédures d'affectation continuent d'ignorer les compétences ; les conditions de correction du baccalauréat s'aggravent ; l'accès à la hors-classe est parfois soumis aux caprices et fantaisies d' « évaluateurs » qui confondent la valeur professionnelle avec l'allégeance ou le conformisme, et l'efficacité avec l'activisme pédagogique, jetant ainsi le discrédit sur l'ensemble de la hiérarchie. Le malaise enseignant semble entretenu.

   Ces contradictions sont sans doute le résultat de la confusion des valeurs et d'objectifs contradictoires : la culture des résultats l'emporte sur la culture et ouvre la voie au carriérisme, à l'opportunisme, voire à la tricherie ; une gestion comptable et déshumanisante de l'enseignement supplante une gestion pédagogique et humaine. De tels principes ne sauraient construire l'avenir.

   Le Ministre de l'Éducation nationale a raison de dire qu'aucune réforme ne peut se faire sans être comprise et accompagnée par les professeurs. Mais les professeurs ont d'abord besoin de reconnaissance : reconnaissance sociale, reconnaissance morale, reconnaissance du savoir qu'ils transmettent. Ils ont aussi besoin de cohérence, de clarté dans la réforme et d'un idéal qui ne soit pas l'horizon froid et borné d'une technocratie privée de sens.

   Serait-ce une utopie que de vouloir sauvegarder et faire vivre, au XXIème siècle, les grands principes de l'école républicaine ? Tous les professeurs ont conscience que, sans école de la République, il n'y aura bientôt plus de République.


Le 2 juillet 2008

Jean-Michel LÉOST


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LES EFFETS PERVERS DE LA « CULTURE DES RÉSULTATS »

   ou comment une « rationalisation des dépenses » risque d'aboutir dans les faits à des réductions budgétaires irréfléchies et de justifier la disparition de l'une des missions fondamentales de l'État : préserver les conditions d'une instruction égale pour tous les citoyens.


   Le deuxième Conseil de modernisation des politiques publiques s'est réuni à l'Élysée le 4 avril, autour du Président de la République. Il s'inscrit dans la démarche de révision générale des politiques publiques (RGPP) ayant pour objectif déclaré de « maîtriser et rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des politiques publiques ».

   Le Ministère de l'Éducation nationale n' échappe pas à cette volonté de réorganisation et le document consacré à « la modernisation du système éducatif » rappelle « les premières mesures adoptées et les pistes d'amélioration retenues » : assouplissement de la carte scolaire, refonte de l'enseignement primaire, reconquête du mois de juin, développement d'un service minimum d'accueil dans les écoles primaires en cas de grève, préparation du bac professionnel en trois ans, développement des internats de réussite éducative.
   Cette « modernisation » trouvera son prolongement dans « la rédaction d'un livre blanc de la condition enseignante pour adapter le métier d'enseignant (recrutement, formation, emploi, rémunération, carrières) aux temps présents », ainsi que dans « une réflexion sur l'offre éducative au lycée et l'équilibre entre les différentes filières » et sur « le mode de formation des maîtres, conformément à la lettre de mission du Ministre de l'Éducation nationale ». Selon ce document, « l'ensemble des réformes en cours sont de nature à améliorer les performances du système éducatif, à diminuer les inégalités, à revaloriser la condition enseignante, à autoriser des gains de productivité, tout en affirmant les ambitions de la Nation pour son école ».
   Les travaux de la RGPP se poursuivent jusqu'au prochain Conseil de modernisation, prévu en mai 2008. D'autre part, dans un discours prononcé à Bercy le même jour, le Président de la République a, selon l'agence de presse AEF, confirmé son engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant pour la retraite. Assurant que « ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, [mais que] c'est la réforme qui permettra les économies », il a estimé que le Gouvernement devait être jugé, non sur les « moyens », mais sur les « résultats ». Enfin, la moitié des économies ainsi réalisées serait reversée aux fonctionnaires.

   La Société des agrégés constate que la RGPP, dans le domaine de l'enseignement, veut faire prévaloir une vision technocratique et budgétaire sur une vision éducative. Elle n'attendra pas leurs résultats pour juger du bien fondé des réformes proposées. Elle les examinera une à une et s'opposera à toutes celles qui pourraient remettre en cause les fondements et les principes de l'école de la République.
   Le rapport moral, présenté dans ce numéro de L'Agrégation, illustre la vigilance et la combativité de la Société des agrégés, sur tous les fronts, pendant ces deux dernières années. C'est avec la même détermination que, dans les prochaines semaines et dans les prochains mois, elle continuera de défendre les concours nationaux, les compétences disciplinaires, le droit pour les élèves au savoir et à la culture et le devoir de l'État d'y satisfaire.

   La Société des agrégés cherchera à convaincre les autorités politiques et les représentants de la Nation que l'Éducation nationale ne se gère pas comme une entreprise commerciale dont la survie exigerait à n'importe quel prix des « gains de productivité », et que la « culture des résultats », systématisée et poussée à l'extrême, risque de pervertir les valeurs républicaines, d'éradiquer toute culture et de transformer l'homme en une machine économique déshumanisée.


Le 6 avril 2008

Jean-Michel LÉOST


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LE RAPPORT POCHARD :
confusion et conformisme


   Dans le discours prononcé, le 4 février 2008, lors de la remise officielle du Livre vert, rédigé sous la présidence de Marcel Pochard, le Ministre de l'Éducation nationale a déclaré : « Lorsqu'il s'agit de réfléchir à la façon de redonner au métier d'enseignant sa noblesse, sa légitimité, son attractivité, cette solennité s'impose comme la forme la plus élémentaire de considération pour les 900 000 professeurs et les 12 millions d'élèves qui, chaque jour, progressent à leur côté ». Il ajoutait qu'il « [aurait] à coeur, naturellement, d'approfondir les grands thèmes ouverts par la commission Pochard autour de l'amélioration des conditions de travail, de la reconnaissance sociale et des évolutions de carrière. »
Le rapport paru, il est temps de savoir si les propositions qu'il contient sont vraiment de nature à mettre fin au « malaise enseignant » dont les premières pages consentent à reconnaître l'existence. Or la commission Pochard semble bien n'apporter aucune réponse valable aux problèmes posés : se contentant d'additionner, semble-t-il, les propos divers et variés qu'il lui a été donné d'entendre, elle passe en revue des solutions non seulement contradictoires avec l'objectif de revalorisation du métier de professeur mais contradictoires entre elles.

   Les professeurs souffrent d'une absence de reconnaissance, morale et matérielle ; ils souffrent de voir leur mission, qui est de transmettre le savoir, dénaturée ; ils souffrent d'un manque de soutien systématique lorsqu'ils subissent l'affront d'un élève ou d'un parent ; ils souffrent d'une gestion trop souvent mécanique et insuffisamment humaine ; ils souffrent d'être les boucs émissaires de la grande misère du système éducatif.
Mais quelle confiance pourraient-ils avoir en un avenir meilleur, quand un rapport, rédigé par des « experts » qui, pour la plupart, ne conçoivent de l'enseignement que l'idée fausse qu'ils en ont, suggère des remèdes pires que le mal, bref, quand toutes les solutions imaginées ne mèneraient qu'à une dénaturation profonde de leur métier et entraveraient leur vocation ? En effet, l'autonomie des établissements réduira leur liberté pédagogique, la multiplication de leurs missions étouffera leur mission essentielle d'instruire, le rôle plus important du chef d'établissement dans le recrutement et dans le projet pédagogique est destiné à accompagner une évaluation qui s'inscrirait dans le cadre de « la culture des résultats ».
Quelle confiance pourraient-ils avoir en un avenir meilleur, quand un autre rapport, commandé par l'Élysée, propose que les professeurs soient pédagogiquement évalués par leurs élèves, concurremment avec l'inspection ?

   Refusant, de parti pris, de considérer que la mission fondamentale du professeur est de transmettre le savoir, la commission Pochard se conforme à l'esprit du moment qui prétend confier à l'école et aux professeurs des missions dont d'autres ne veulent plus ou qu'il est pratique, pour des raisons uniquement comptables, de leur assigner. Or cela suffit pour faire de ce rapport un texte en contradiction totale avec une revalorisation du métier de professeur, dont les propositions échoueront immanquablement à restaurer chacun dans son rôle, à rétablir la confiance entre les professeurs, l'administration et l'inspection, à rétablir l'autorité du savoir.


Le 15 février 2008

Jean-Michel LÉOST


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SAVOIR ET MERCANTILISME : LA CONFUSION DES VALEURS


   De nombreuses incertitudes pèsent sur l'avenir de l'enseignement. Sur la fonction publique, sur les concours de recrutement, sur le devenir des universités, courent des rumeurs, émergent des informations officieuses ou officielles qui contribuent au malaise général. Chacun ressent davantage l'affaiblissement des valeurs humanistes et la montée en puissance des valeurs technocratiques et matérialistes.

   Selon des sources officieuses, parfois confirmées par des propos officiels, le gouvernement souhaiterait modifier profondément à terme le statut général des fonctionnaires et recruter des contractuels d'un nouveau type. Le recrutement des professeurs par concours nationaux, avec attribution d'un poste par l'État à tout lauréat, fait l'objet de critiques et des rumeurs circulent sur l'hypothèse d'une quatrième fonction publique dans laquelle les enseignants, après validation de leurs compétences, pourraient être recrutés par chaque établissement. Dans le cadre de la « Révision générale des politiques publiques » et de la « modernisation », l'Inspection générale des Finances proposerait en particulier une réduction des heures de cours - ce qui diminuerait en conséquence le nombre de professeurs et permettrait de substantielles économies.

   Les modalités actuelles de l'évaluation des professeurs sont remises en cause au profit d'indicateurs de résultats ou de performance, ce qui transformerait l'enseignement, à tous les niveaux, en un bachotage permanent et les professeurs en des distributeurs de compétences. Parallèlement, les pouvoirs des chefs d'établissement, seraient augmentés, pour définir les objectifs pédagogiques et évaluer les exécutants.

   Dans l'enseignement supérieur, la loi relative aux libertés et responsabilités des universités suscite des inquiétudes sur l'avenir de certaines filières, notamment les lettres et sciences humaines, soupçonnées d'être moins utiles et moins rentables que d'autres.

   Ces hypothèses ou ces projets participent tous d'une confusion, voire d'une perversion des valeurs qui devraient présider à la conception d'un enseignement républicain : le droit pour les élèves au savoir et à la culture, le devoir de l'État d'y satisfaire. Pour rendre l'Éducation nationale plus performante, c'est-à-dire pour donner à chacun le maximum d'instruction, pour développer la culture générale nécessaire à tout homme qui veut maîtriser son avenir, pour apprendre aux élèves à penser par eux-mêmes, ce qui est fondamental dans une démocratie, il ne faut pas la soumettre à une vision prioritairement comptable, sous peine d'en détruire les fondements.

   Les voeux adoptés par le Comité national de la Société des agrégés, que vous pourrez lire dans ce numéro de L'Agrégation, témoignent d'inquiétudes légitimes mais aussi de la certitude qu'il est possible d'inverser la tendance, si le politique n'est pas abusivement soumis à l'économique, si les valeurs de l'esprit l'emportent sur les valeurs de l'argent.


Le 3 décembre 2007

Jean-Michel LÉOST


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LES CONCOURS EN DANGER ?


   Comme le laissait entendre l'éditorial du numéro 428 de L'Agrégation, les jours qui ont suivi la rentrée scolaire ont été fertiles en événements.

   La Lettre aux éducateurs de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, rendue publique le 4 septembre 2007, a fait l'objet, de la part de la Société des agrégés, d'un communiqué de presse et d'une analyse en montrant les ambiguïtés.

   L'allocution du Président de la République sur la réforme de la fonction publique, le 19 septembre 2007, bien qu'elle fût prononcée devant l'Institut Régional d'Administration, a une portée générale qui a justifié une réaction vive du Bureau. La Société des agrégés s'est particulièrement indignée des attaques lancées contre les concours : le Président de la République souhaite une réflexion sur « la culture des concours ». Le lendemain, dans un entretien télévisé sur TF1, il dénonçait « la maladie des examens et des concours ». Pourtant, candidat à l'élection présidentielle, dans sa réponse au questionnaire de la Société des agrégés (voir L'Agrégation N° 426), il déclarait à propos du recrutement des professeurs agrégés et certifiés par concours national : « C'est un principe fondamental que je veillerai à garantir ». Il conviendrait que des clarifications soient rapidement apportées pour lever ces contradictions.

   Le 26 septembre 2007, M. Xavier DARCOS, présentant le projet de loi de finances 2008 pour l'Éducation nationale, confirmait le non-remplacement d'une partie des fonctionnaires qui partent pour la retraite et annonçait une limitation du nombre d'emplois d'enseignants ouverts au concours 2008. Et que faut-il attendre, pour les années suivantes, si ce processus se poursuit ?

   Entre-temps, le 24 septembre, le Premier Ministre installait officiellement la Commission sur l'évolution du métier d'enseignant, chantier vaste, aux horizons incertains, auquel la Société des agrégés a l'intention de prendre une part active.

   Le temps de la réforme ou de la rupture s'accélère. Le Bureau de la Société des agrégés, avec l'aide de chacun d'entre vous, sera vigilant et déterminé pour dénoncer toute dérive et pour faire comprendre que l'intérêt de l'État est d'avoir des professeurs hautement compétents, chargés de transmettre le savoir et la culture, recrutés par concours nationaux. J'appelle l'ensemble des agrégés, lauréats de l'agrégation, et notamment les agrégés 2007 auquel ce numéro est en partie consacré, à rejoindre notre association pour défendre, pour promouvoir, pour faire vivre au XXIème siècle ce siècle les principes de l'école républicaine.


Le 2 octobre 2007

Jean-Michel LÉOST


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DÉFENDRE LES EXIGENCES DE L'IDÉAL RÉPUBLICAIN


   La fin de l'année scolaire 2006-2007 a été marquée par le débat récurrent sur la valeur et la fonction du baccalauréat, par la discussion au Parlement du Projet de loi relatif aux libertés et responsabilités des universités, par le problème de l'affectation des agrégés, de nouveau posé à l'occasion des mouvements intra-académiques, par l'établissement du tableau d'avancement à la hors-classe. Sur toutes ces questions, la Société des agrégés de l'Université a pris position (voir la rubrique Actualités).
   Nos points de vue ont également été présentés et défendus lors de nombreuses audiences auprès du nouveau gouvernement : M. Xavier DARCOS, Ministre de l'Éducation nationale, le 24 mai ; M. Dominique ANTOINE, Conseiller du Président de la République, le 15 juin ; M. Roger CHUDEAU, Conseiller du Premier Ministre, le 5 juillet ; Mme Bénédicte DURAND, Conseillère de la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 10 juillet ; Mme Valérie PÉCRESSE, le 26 juillet.

   Avec la rentrée 2007 vont se poser immédiatement deux problèmes majeurs : la suppression de postes au budget 2008 dans l'Éducation nationale, pour mettre en œuvre la politique gouvernementale de non remplacement d'un fonctionnaire sur trois partant pour la retraite, et la réflexion sur la condition enseignante  annoncée par le Ministre.
   Ainsi, selon les informations connues à ce jour, 11200 postes environ seraient supprimés. Le Ministère, pour faire des économies de postes, inciterait aux heures supplémentaires, notamment pour financer les études dirigées au collège, « rationaliserait » l'emploi des titulaires sur zone de remplacement et l'offre des options. Le nombre de postes aux concours de recrutement en subirait certainement les conséquences. Mais le Ministère pourrait également être tenté par la réduction des horaires de cours, que proposaient, en octobre 2006, deux audits sur la grille horaire des collèges et des lycées.
   Ces deux audits préconisaient, d'autre part, la remise en cause du caractère hebdomadaire de l'obligation réglementaire de service des professeurs. Cette question pourrait bien être, parmi d'autres, à l'ordre du jour du débat à venir sur le métier de professeur, auquel notre association prendra une part active. La réflexion, qui commencera à la mi-septembre, devrait concerner également l'amélioration de la condition enseignante et la place spécifique des agrégés.

   Les jours et les semaines qui viennent seront sans doute fertiles en événements. Consultez régulièrement le site de la Société des agrégés où seront publiées informations et prises de position. La vigilance, la détermination, la capacité de persuasion s'imposent pour éviter les dérives que pourrait produire une conception abusivement comptable de l'enseignement et pour obtenir les amendements nécessaires. Avec le Bureau de la Société des agrégés de l'Université, avec le soutien de chacun d'entre vous, je continuerai de tout mettre en œuvre , comme j'en avais pris l'engagement en me portant candidat à la présidence de notre association, pour convaincre les autorités politiques, les représentants de la Nation, l'opinion publique, que seul un enseignement de qualité, dispensé par des professeurs hautement compétents, se donnant pour mission de transmettre les savoirs et de développer la culture, répond aux exigences de l'idéal républicain.

Le 30 août 2007

Jean-Michel LÉOST


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