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DÉBAT NATIONAL


À PROPOS DU « DÉBAT NATIONAL SUR L’AVENIR DE L’ÉCOLE »
(21/11/2003)
CONTRIBUTION DE LA SOCIÉTÉ DES AGRÉGÉS DE L'UNIVERSITÉ AU DÉBAT NATIONAL SUR L'AVENIR DE L'ÉCOLE (08/03/2004) :
INTRODUCTION
I - L'ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT DOIT ÊTRE FIXÉE PAR LA LOI
II - DES PROFESSEURS RECRUTÉS PAR DES CONCOURS NATIONAUX OUVERTS
III - LA SCOLARITÉ : ÉCOLE, COLLÈGE, LYCÉE
III - LA SCOLARITÉ : ÉCOLE, COLLÈGE, LYCÉE (SUITE)
IV - BACCALAURÉAT ET BREVET
V - CONCLUSION


CONTRIBUTION DE LA SOCIÉTÉ DES AGRÉGÉS DE L'UNIVERSITÉ AU DÉBAT NATIONAL SUR L'AVENIR DE L'ÉCOLE
(08/03/2004)


II - DES PROFESSEURS RECRUTÉS PAR DES CONCOURS NATIONAUX OUVERTS


La Société des agrégés de l'Université réaffirme son attachement indéfectible au principe du recrutement des professeurs par des concours véritablement nationaux et véritablement ouverts, et à celui de l'attribution d'un poste par l'État à tout lauréat d'un concours une fois titularisé.

Elle voit dans l'organisation des concours nationaux la mise en œuvre des valeurs de la République, et la garantie, par excellence, de l'accessibilité de tous, nés libres et égaux en droits, à tous les emplois publics, selon leurs seules vertus et leurs seuls talents, en même temps que la garantie de la laïcité de l'État.

Chacun le constate : il devient nécessaire de renforcer la lutte contre toutes les formes de discrimination ; il faut maintenant rappeler qu'hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, sont égaux en droits et admissibles à tous les emplois sans considération de leur race, de leurs origines ni de leurs opinions ; il faut résister à des revendications qui attaquent de diverses façons l'enseignement des disciplines rationnelles, et contestent le devoir des professeurs d'en enseigner tous les aspects fixés par les programmes nationaux, et seulement ceux-là. C'est donc le moment ou jamais de rappeler avec force que le recrutement des professeurs, agrégés et certifiés notamment, par des concours nationaux organisés selon des sections correspondant à des disciplines rationnelles (littéraires, scientifiques ou technologiques) garantit non seulement la compétence scientifique et pédagogique des professeurs, mais encore leur impartialité, par le fait que les candidats sont départagés sur le vu de nombreuses épreuves écrites corrigées sous couvert de l'anonymat, et d'épreuves orales appréciées collégialement. Le recrutement par les concours nationaux ouverts constitue une garantie irremplaçable du caractère constitutionnel et laïque de l'enseignement organisé par l'État, car les professeurs sont ainsi recrutés en fonction de leurs seules compétences évaluées au moyen d'épreuves qui d'une part ne permettent aucune évocation du domaine privé (que ce soit à l'initiative du jury ou à celle du candidat), et d'autre part portent sur une discipline, c'est-à-dire sur un ensemble de connaissances par elles-mêmes accessibles à la raison. Cette discipline leur donne une identité professionnelle qui n'a heureusement rien à voir avec un « parler de tout et de rien » totalement incompatible avec l'impartialité de l'enseignement, et même avec l'enseignement, mais auquel la remise en cause des programmes nationaux tend pourtant à donner libre cours.

De plus, par l'information systématique, précise, organisée, dont font l'objet leurs modalités (conditions d'inscription, régime des épreuves, rapports des jurys), les concours nationaux offrent un modèle exemplaire, et inégalé, de la publicité des conditions d'accès aux emplois publics. Ils constituent la seule procédure de recrutement véritablement conforme au principe d'égalité posé par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 : « La loi est l'expression de la volonté générale […] Tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

La Société des agrégés de l'Université s'indigne que l'article 16 de la loi du 10 juillet 1989, qui prescrit avec raison un plan pluriannuel de recrutement, n'ait jamais été mis en oeuvre.

Cette omission a entraîné de multiples dysfonctionnements dont les plus graves consistent dans les diminutions brutales du nombre des postes ouverts aux concours et dans la publication de ces postes après la clôture des inscriptions.

Un plan pluriannuel doit au contraire indiquer de façon précise et pour une durée d'au moins cinq ans le nombre des postes offerts aux différents concours et dans chaque discipline, afin qu'il soit mis fin au recrutement de maîtres auxiliaires et de collaborateurs contractuels ou vacataires.

La définition du nombre des postes offerts au titre de ce plan pluriannuel suppose un calcul du nombre des heures d'enseignement qui devront être données chaque année. Ce calcul doit résulter d'une explication claire et publique de la politique suivie en matière d'enseignement, précisant les rôles respectifs des différents cycles, la procédure souhaitable pour l'élaboration des programmes, la fonction de toutes les disciplines et en particulier de celles qui sont enseignées sous la forme d'options obligatoires ou facultatives, langues vivantes et langues anciennes notamment. Cette réflexion politique doit prendre en considération la valeur formatrice des disciplines, et se débarrasser des a priori naguère officiels sur la péremption quasi-immédiate des savoirs, se débarrasser aussi de la supposition que l'appauvrissement des contenus de l'enseignement pourrait contribuer à l'épanouissement de l'élève, etc…

De plus, le calcul du nombre des postes offerts aux concours nationaux ne doit pas tenir compte seulement du nombre des départs en retraite - nombre pourtant très important puisque, entre 1997 et 2007, selon les estimations mêmes du Ministère, environ 35% des professeurs du second degré public et privé sous contrat seront devenus retraités - mais encore du fait que, parmi les professeurs en exercice pendant cette période, certains - dans une proportion qu'il est possible d'évaluer objectivement - bénéficieront de congés pour raisons de santé, ou seront amenés à solliciter des congés pour études, afin de répondre aux exigences de leurs statuts particuliers.

Enfin, la Société des agrégés estime que la définition d'un plan de recrutement doit aller de pair avec la définition d'une politique de formation qui restitue aux professeurs leur mission, qui est d'instruire, et reconnaisse que les concours nationaux de recrutement, référence scientifique indispensable pour le renouvellement et l'accroissement d'un corps enseignant de bon niveau, ne peuvent être simplifiés par une diminution du nombre des épreuves écrites (déjà bien inférieur à celui des concours d'entrée dans les grandes écoles), ou dénaturés soit par l'attribution d'un coefficient plus élevé à l'oral qu'à l'écrit, soit par l'introduction d'épreuves écrites ou orales dites "professionnelles". La Société des agrégés de l'Université ne sous-estime nullement l'intérêt d'une préparation pratique à l'enseignement, bien au contraire, puisque c'est à sa demande qu'a été instauré, en 1969, un stage pratique d'un an, consécutif au succès au concours. Mais elle ne peut accepter que soit institué, pour les étudiants qui se préparent au concours, et avant le concours, un « stage professionnel » qui n'aurait en réalité rien de véritablement professionnel, puisqu'il amènerait à confier les élèves à des étudiants, alors que ces derniers n'auraient pas encore prouvé avoir eux-mêmes acquis les connaissances requises pour enseigner. Et en ce qui concerne les épreuves dites professionnelles des concours, la Société des agrégés ne peut être dupe du subterfuge que comporte l'usage de ce qualificatif élogieux à propos d'épreuves dont il est seulement certain qu'elles ne sont pas de nature scientifique, et que leur évaluation permet, par le jeu des coefficients, de pallier les lacunes des connaissances.


La Société des agrégés de l'Université, par conséquent :

- demande l'abrogation de l'arrêté du 2 mars 2000 (publié au Journal Officiel du 25), qui réduit les épreuves du CAPES interne à une épreuve écrite et une épreuve orale qualifiée de "professionnelle". Elle insiste pour que des facilités soient données aux maîtres auxiliaires, sous forme de congés, d'allégements de service, de préparations adaptées aux épreuves du CAPES interne. Elle ne saurait accepter que la résorption de l'auxiliariat soit obtenue par le maintien des concours réservés, ni des troisièmes concours, ni des « examens professionnels ».

- demande aussi l'abrogation de tous les arrêtés de réforme des épreuves des concours qui attribuent aux épreuves orales une part majoritaire des coefficients, par exemple de celui du 18 mai 1999 (publié au Journal Officiel du 27), qui porte réforme du CAPES externe de langues vivantes, à compter de la session 2000 pour l'anglais, 2001 pour les autres langues vivantes, et qui attribue 66% des coefficients à l'oral composé de deux épreuves dites « professionnelles ».

- insiste sur la nécessité d'une année pleine de préparation universitaire des épreuves théoriques et sur son opposition totale au projet d'organiser un stage en établissement pendant l'année de préparation aux épreuves théoriques, que ce soit avant ou après l'écrit, qu'un rapport de stage soit pris en compte à l'oral ou non. Le nombre des lycées et collèges ne permettrait pas d'organiser un tel stage pour tous les inscrits ni même pour tous les admissibles, ce qui mettrait fin au caractère ouvert des concours. Un tel stage détruirait le nécessaire travail de synthèse des connaissances, alors que la préparation aux concours nationaux reste, plus que jamais après la réforme des études supérieures du 9 avril 1997, la dernière occasion pour les candidats à l'enseignement d'acquérir, dans les disciplines qu'ils vont enseigner, un bagage scientifique commun.

La Société des agrégés de l'Université ne peut en aucun cas accepter que le Ministère de l'éducation nationale prenne prétexte du coût de l'organisation des concours pour porter atteinte à la valeur du plus sûr d'entre eux, l'agrégation, en tâchant d'en réduire le nombre des sections ou celui des épreuves, alors qu'il a lancé un véritable défi au bon sens en multipliant les « concours » aménagés pour faciliter la titularisation de certains personnels auxiliaires, ainsi bénéficiaires d'un régime de faveur. Certes, à tout concours national, il faut un cadre matériel, des surveillants, un jury. Mais est-il normal que le concours de l'agrégation de grammaire se voie périodiquement reprocher son faible « rendement » (c'est-à-dire le fait que 100 candidats environ se disputent de 10 à 15 postes), quand on sait par exemple que depuis l'instauration du concours « réservé » du CAPES (qui s'est d'abord ajouté, avant de lui succéder, au concours « spécifique » du CAPES ouvert en 1995) il arrive chaque année que dans plusieurs sections de ce CAPES « réservé », l'unique poste offert soit attribué à l'unique candidat présent, ou que deux candidats se disputent le poste proposé, et qu'un unique candidat brigue en vain l'unique poste offert ? Ces mesures ont sans doute leurs raisons, que l'on pourrait à la rigueur accepter de considérer, si leur mise en œuvre ne coïncidait pas avec des tentatives pour supprimer des concours d'excellence.

La Société des agrégés de l'Université demande donc la suppression générale de tous les concours « spécifiques » et « réservés », des « troisièmes concours » et des « examens professionnels ».

Enfin, la Société des agrégés de l'Université ne peut accepter que le Ministère, loin de procéder au bilan général de la loi de 1989, comme l'article 32 de cette loi en faisait pourtant obligation, ait renoncé implicitement à une évaluation complète, objective et publique du fonctionnement des IUFM, et persiste dans une forme de propagande, en soutenant par exemple (note d'information n° 00-07 de mars 2000) que "la montée en puissance des IUFM a atteint son maximum en 1993, […] témoigne du succès des IUFM pour la préparation aux concours et de l'attrait du métier d'enseignant". La Société des agrégés rappelle que, pour obtenir cet apparent succès, le Ministère, dès 1990, avait résolu d'avantager (par l'attribution de 500 points de barème en vue de leur affectation en deuxième année d'IUFM) les certifiés préparés par l'IUFM par rapport aux certifiés qui ne s'y étaient pas inscrits, et par rapport aux agrégés. A l'avis de la Société des agrégés, il serait en outre quelque peu cynique de méconnaître le fait que le fort attrait du métier d'enseignant constaté en 1993 coïncidait avec une forte augmentation du chômage.

La Société des agrégés de l'Université dénonce avec indignation les nouvelles suggestions (décembre 2003) de la Conférence des directeurs d'instituts universitaires de formation des maîtres (dite CDIUFM) qui feraient disparaître les concours nationaux du CAPES (sous prétexte de « rénovation de la formation des maîtres »). La Société exige à l'inverse le maintien de concours nationaux ouverts, le respect d'une année complète de préparation aux épreuves écrites de ces concours nationaux ; elle dénonce les suggestions de prise en compte, pour l'attribution du concours, d'activités antérieures (par exemple au titre du brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur, dit BAFA).

Elle souligne que la suppression des IUFM peut être envisagée sans aucun inconvénient, si, au lieu de préparer aux concours nationaux de recrutement, ce qu'ils font pour quelques épreuves, ils tentent de faire supprimer ces concours.

Par conséquent, la Société des agrégés de l'Université demande avec insistance l'abrogation de l'article 17 de la loi du 10 juillet 1989.

Elle ne peut ignorer que la survie des établissements d'enseignement supérieur, notamment universités et Écoles normales supérieures, va dépendre, dans les faits, de leur capacité de préparer leurs étudiants aux concours nationaux de recrutement de l'agrégation, du CAPES, éventuellement du CRPE (Concours de recrutement des professeurs des écoles). Elle demande que des crédits spécifiques soient alloués à ces préparations.

Ces préparations doivent être conçues et organisées en fonctions des exigences spécifiques des concours : pour se présenter au CRPE, le titulaire d'une licence donnée, quelle que soit cette licence, doit non pas augmenter la spécialisation que consacre sa licence, mais compléter et affermir ses connaissances jusqu'à une maîtrise suffisante des matières d'un enseignement primaire polyvalent, tandis que le candidat au CAPES doit approfondir, éventuellement compléter ses connaissances dans sa discipline, et en dominer les méthodes propres.

Les épreuves du CRPE (concours de recrutement des professeurs des écoles) doivent être réformées, pour garantir à ses lauréats la maîtrise des connaissances que doivent recevoir les élèves de l'école primaire : les épreuves du CRPE, telles qu'elles sont actuellement conçues, ne réservent par exemple qu'une place infime, voire aléatoire, à l'évaluation de la connaissance de la grammaire française, choix scandaleux qui suffirait à expliquer le déclin de la langue française : à l'occasion de l'épreuve écrite de français qui constitue l'une des deux épreuves d'admissibilité au CRPE, le candidat, en effet, dans le cadre de la première partie de cette épreuve « traite une question de grammaire ou de vocabulaire » (arrêté du 18 octobre 1991, modifié par les arrêtés du 29 mars 2002 et du 1er août 2002, Recueil des Lois et Règlements, section 726-1b, p.2).

Une réorganisation du CRPE doit être envisagée pour favoriser le recrutement, pour l'école primaire, d'un corps enseignant plus homogène (actuellement, avec l'organisation de ces concours à l'échelon des académies, le nombre des candidats par poste offert peut varier de 1,5 à 15 selon les académies). Des solutions pratiques devraient être mises à l'étude (qui pourraient prévoir, par exemple, la réunion des académies en deux groupes, un groupe d'académies à fort taux de candidatures et un groupe d'académies à faible taux de candidatures, et l'organisation, suivant un même régime d'épreuves, de deux concours successifs, pour permettre à de bons candidats non reçus dans les académies à très forte sélection de pallier le déficit des candidatures dans les académie à faible sélection).

Enfin le Ministère ne peut plus refuser de prendre acte du désaveu quasi-unanime, par les stagiaires concernés, de la supposée formation pédagogique générale qui leur est infligée en deuxième année d'IUFM.

Personne ne peut plus prétendre ignorer que les avocats de cette pédagogie indépendante des disciplines se recrutent exclusivement parmi ses promoteurs, en général représentants des « sciences de l'éducation », sourds aux innombrables protestations des stagiaires contre l' « infantilisation », la « phraséologie oiseuse » et en général l' « oppression » intellectuelle subie du fait qu'un discours intarissable (n'étant « ni vrai ni faux ni susceptible de le devenir ») envahit le temps que les professeurs-stagiaires devraient pouvoir consacrer à la préparation des leçons destinées à leurs élèves.

La Société des agrégés de l'Université demande instamment que ces protestations soient prises au sérieux. Elle ne saurait accepter que, sous prétexte d' « accompagnement de l'entrée dans le métier » les professeurs débutants soient obligés de subir pendant un ou deux ans encore après leur année de stage une forme d'endoctrinement. L' « accompagnement de l'entrée dans le métier » doit être assuré par les corps d'inspection pédagogique et par les chefs d'établissement, eux-mêmes soutenus par l'institution scolaire rendue à sa mission : l'instruction publique.


Société des Agrégés de l'Université, Copyright © 2003

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