Le Bureau a estimé que la position de la Société
ne doit rester à l’égard de ce « Débat
national » ni indécise ni incertaine et il espère
se rendre utile aux sociétaires en dégageant quelques
idées, dont il tient à préciser qu’elles
constituent un état de sa réflexion, appliquée
aux éléments d’information dont il disposait lors
de sa réunion du 15 novembre. Ce compte-rendu a été
adressé par lettre aux délégués de la Société,
et, pour gagner du temps, diffusé par le site internet de la
Société (www.societedesagreges.net). Les idées
en seront dans la mesure du possible précisées, complétées,
en fonction des points de vue que les sociétaires sont susceptibles
de lui faire parvenir. Le Bureau espère, toujours par la voie
du site internet de la Société, pouvoir diffuser ces compléments,
mais aussi des informations sur les précisions qui viendraient
à être apportées par les Ministres, ou le Premier
ministre, ou le Président de la République.
La diffusion de ce compte-rendu a cependant été un peu
retardée pour pouvoir tenir compte aussi du contenu de l’allocution
que le Président de la République a prononcée,
le 20 novembre, à l’occasion de l’ouverture du débat
national sur l’école (le texte de cette allocution est
reproduit dans le site internet de la Présidence de la République,
et dans celui du Ministère de l’éducation nationale).
SUR LE CONTENU DU « DÉBAT NATIONAL »
Le Bureau a dit dès le début que le « Débat
national », s’il devait avoir lieu, devrait être assorti
d’un argumentaire. Il a donc pris connaissance des trois éléments
d’information dont il disposait au 15 novembre :
1 - des Éléments pour un diagnostic sur l’école,
sous-titré Document général préparatoire
au grand débat sur l’école 2003-2004 (octobre 2003),
dont les auteurs sont trois membres du Haut Conseil de l’évaluation
de l’école (MM. Hardouin, Hussenet, Septours),
et un correspondant étranger du Haut Conseil (M. Bottani,
directeur de recherche en éducation).
2 - de l’Avis du Haut Conseil de l’évaluation
de l’école n° 9 - octobre 2003 (président
du Haut Conseil : M. Forestier) : cet avis porte sur le document
précédent (Éléments pour un diagnostic sur
l'école).
3 - des 22 questions concernant les Sujets prospectifs,
sur lesquels le gouvernement désire faire porter le « Débat
national » (novembre 2003) : ces questions ont été
rédigées par la « Commission Thélot
», du nom de son président chargé par M. J-P
Raffarin, le 15 septembre, d’organiser le « Débat
national »).
Tous ces textes sont reproduits dans le site internet du ministère
(www.education.gouv.fr)
et un dossier, comprenant les Éléments et les
22 questions, a été placé dans chaque
salle des professeurs (selon les informations dont dispose le Bureau).
En ce qui concerne les Éléments pour un diagnostic
sur l’école, les auteurs de ce rapport semblent avoir
été obligés de travailler très vite - si
l’on en juge par le fait qu’ils ne se sont pas relus –
et avoir choisi leur méthodologie essentiellement en fonction
de la brièveté du délai imparti, avec deux conséquences
:
- d’une part, comme l’explique la page 3, les auteurs ont
réalisé, en 158 pages, la synthèse d’une
masse de rapports et d’études divers (le plus ancien étant
le Rapport Joxe sur la fonction enseignante dans le second degré,
rendu public en 1972 et lors vivement désapprouvé par
la Société), en s’abstenant toutefois volontairement
non seulement de toute référence explicite à ces
sources (qui restent la plupart du temps aisément reconnaissables,
malgré l’absence de renvoi bibliographique) mais encore
de toute critique de ces sources, que ce soit du point de vue de leurs
présupposés ou du point de vue de leur méthodologie
générale : « nous avons réputé indiscutables
ces données ».
- d’autre part, ils semblent ramener la mesure de la santé
du système éducatif à celle du taux d’accès
au baccalauréat et aux diplômes, après avoir indiqué
que le chômage épargne relativement les diplômés
: à la page 17 par exemple, le fait que le pourcentage des jeunes
Français obtenant le baccalauréat, qui était en
1995 de 63,2%, passe en 1996 à 61,7%, et cela parce que le taux
des bacheliers généraux passe de 37,4% en 1995 à
34,5% en 1996, est considéré comme une preuve de la mauvaise
santé du système éducatif.
Ainsi résigné à l’éloge du pédagogiquement
correct, le rapport ne peut se parer que du produit de sa pêche,
où l’on regrette d’apercevoir quelques perles de
gros calibre : la création du Conseil National des Programmes
aurait eu pour effet de freiner les réformes trop fréquentes
des programmes (selon la page 121) ; les élèves français
sont inhibés quand il s’agit de répondre à
une question de vive voix : c’est qu’ils ne prennent pas
le risque de faire une erreur, car faire une erreur c’est commettre
une faute (selon la page 85), assimilation qui se remarque déjà
dans le rapport remis par Mme Belloubet-Frier en 2002 sur la
réforme du lycée : pour ne vouloir vexer aucune des notabilités
du pédagogiquement correct, les auteurs du rapport se condamnent
à reproduire un répertoire de sornettes d’autant
plus nuisibles que le rapport, supposé ouvrir un débat,
propose, en fonction de celles-ci, un certain nombre de mesures toutes
prêtes et fort inquiétantes (évoquées ci-après).
Quelques vérités arrivent à émerger : le
rapport reconnaît par exemple que l’attribution plus généreuse
des diplômes entraîne un déclassement des diplômés,
c’est-à-dire qu’il faut maintenant être très
diplômé pour espérer occuper un emploi modeste ;
autre vérité : c’est à l’école
et au collège qu’il faut songer à améliorer
l’organisation des études, tandis que le lycée n’est
pas évoqué en lui-même comme le « maillon
faible » que prétendait M. Allègre (le
rapport dénonce au contraire, avec raison, les effets pervers
de la réforme de 1991-1992 et, brièvement, met en doute
l’efficacité de la réforme de 1998-1999) ; autre
vérité : il faut mettre fin au recrutement de professeurs
par les concours spécifiques et réservés et par
les examens professionnels.
Quoi qu’il en soit, et malheureusement, l’Avis du Haut
Conseil de l’évaluation de l’école, étouffant
toutes les discordances, appauvrit encore un peu plus la problématique
à laquelle est supposée répondre l’organisation
d’un « Débat national». Voici en effet comment
il définit cette problématique : « Quels sont les
besoins de l’économie en niveaux de qualification ? […]
une conclusion simple peut être tirée : dans tous les scenarii,
la nécessité d’augmenter les sorties avec un diplôme
d’enseignement supérieur est incontournable et les sorties
infra-baccalauréat doivent encore être réduites ».
Dès le 15 septembre, commentant la mission qui venait
de lui être confiée par le Premier ministre, M. Thélot
semblait obéir à la même inspiration simplificatrice
en affirmant, au cours d’une brève interview télévisée,
que la réflexion devrait porter, non sur les objectifs du système
éducatif, par lui présentés comme évidents,
mais sur les moyens de les atteindre.
Il n’y aurait donc, si l’on en croit les organisateurs du
« Débat national », aucune raison de se demander
pourquoi il faudrait organiser à un échelon national
quelque chose comme un grand débat : sur les 22 questions,
aucune en réalité, et à bien y regarder, ne pose
d’autre question que celle du comment, même quand
la formulation pourrait laisser espérer une interrogation plus
ouverte. De plus, même en tenant compte du fait que les questions
portent sur le « comment », l’avis des collègues
qui ont transmis au Bureau leur avis sur ce point est que, comme l’énoncé
des questions est surabondant (par exemple 5 pages pour la question
n° 1, 7 pour la question n° 2), les réponses y semblent
souvent contenues, de sorte que l’on ne voit pas comment, au stade
de l’exploitation, il pourra être procédé
à la comparaison de ces réponses, à moins que soient
appliquées des techniques ou des procédures de simplification,
pour lesquelles ont d’ailleurs déjà été
données des instructions (par exemple, retenir trois questions
par établissement), mais qui risquent de circonscrire encore
un peu plus le débat.
La première impression du Bureau est donc que les documents supposés
donner un contenu au « Débat national » n’ont
eu de cesse de le rétrécir, au point que le Bureau ne
voit pas comment, dans ces conditions, pourrait se dégager un
« diagnostic partagé » : cette impression est ressentie
par beaucoup de sociétaires, même si la plupart n’ont
probablement pas eu le temps de lire les Éléments
ni l’Avis, et se sont fait une opinion surtout en lisant
les 22 questions. Des collègues refusent donc de participer
au « Débat national », ou bien décident d’y
prendre part, mais estiment qu’ils ne pourront le faire utilement
s’ils ne commencent pas par en reformuler la problématique,
afin d’opérer par là-même un retour aux réalités
que semble méconnaître la « France d’en haut »
de la Commission Thélot et du Haut Conseil (et
cela d’autant plus que la composition de la Commission est critiquée,
cette commission étant largement constituée de personnalités
qui, d’une manière ou d’une autre, ont inspiré
ou approuvé les réformes délétères
que la Société a combattues).
SUR LE PRINCIPE MÊME DU « DÉBAT NATIONAL »
Le Bureau estime d’une part que, depuis 1914, la Société
a pris part à tous les débats sur l’enseignement,
et que de plus la Société a maintes fois expliqué
pour quelles raisons elle préconise la réforme
de la loi Jospin du 10 juillet 1989, voire son abrogation. Elle ne pourrait
donc désapprouver à priori l’idée de toucher
à la « loi Jospin », si le Gouvernement expliquait
pourquoi il faut le faire. Or cette explication fait défaut,
dans la mesure précisément où le choix de la problématique
est donné pour une sorte d’évidence, et cela bien
que cette omission renforce ceux qui estiment que les décisions
sont déjà prises : « Si le Gouvernement tient tant
à la forte légitimité des conclusions de ce qu’il
a d’abord appelé un « Grand Débat »,
c’est qu’il présume que ses conclusions viendront
à l’appui d’un projet assez précis sur lequel
il a bien une idée ».
D’autre part la Société des agrégés
a toujours été également très « légaliste »,
c’est-à-dire attachée au fonctionnement
normal des institutions dans une démocratie représentative
telle que la France. Selon la Constitution de la République française,
les deux expressions de la volonté générale sont
le référendum et la loi. Écartant la forme du référendum,
peu appropriée à l’adoption de décisions
techniques relatives à l’enseignement, la Société
des agrégés a toujours soutenu que l’organisation
de l’enseignement doit se faire par des lois.
Or, à l’avis du Bureau, si l’on peut comprendre,
voire admettre, qu’un Gouvernement désire faire précéder
le travail législatif par une consultation nationale, en revanche,
le fait de baptiser une telle consultation « Débat national »
(après l’avoir baptisée d’abord «
Grand Débat ») pose un problème plus important
qu’il n’y paraît. Le Bureau au fond se rend à
l’évidence qu’il ne peut y avoir deux « Grands
Débats » successifs à propos de la même réforme
législative : ou bien le Parlement assume sa fonction propre
qui est de débattre du projet de loi, et le « Débat
national » organisé dans l’ensemble de la société
ne sera, comme il se devrait selon le Bureau, qu’une consultation
; ou bien le « Débat national » sera réputé
avoir véritablement eu lieu avant le début du travail
législatif, mais alors le Parlement sera réputé
lié par les conclusions de ce « Débat national »,
et devrait, logiquement, voir son rôle réduit à
celui d’une chambre d’enregistrement.
Dans son allocution du 20 novembre, le Président de la République
a d’ailleurs très clairement dégagé le problème
posé par le statut de ce « Débat national »,
lorsqu’il l’a caractérisé comme « un
débat exemplaire, par sa méthode et son ampleur,
qui marquera une étape dans la modernisation de notre vie
publique ».
Mais il a ainsi confirmé que le « véritable exercice
de démocratie directe » annoncé le 15 septembre
par M. J-P Raffarin (mais que le 17 novembre, deux mois plus
tard, M. Thélot , ne qualifie d’ailleurs déjà
plus que comme un « exercice de quasi-démocratie directe »)
menace d’une certaine façon la démocratie
représentative que la Société des agrégés
a toujours désiré voir respecter, et la menace d’autant
plus que dans la conduite de cette entreprise interviennent directement
ou indirectement toutes ces instances, « haut conseil »
de ceci, « haut comité » de cela, « conseil
national » de... etc, toutes instances créées précisément
pour survivre aux législatures, comme autant de sentinelles d’une
continuité indifférente aux échéances de
la démocratie, toutes instances dont la Société
des agrégés, pour cette raison même, a maintes fois
demandé la suppression générale.
Le Bureau de plus ne doute aucunement de la sincérité
des organisateurs lorsqu’ils s’engagent à bien rendre
compte des témoignages et contributions et en général
à respecter une parfaite transparence, mais le Bureau estime
également que les difficultés techniques de la synthèse
suffiront à grever le « diagnostic partagé »
d’un soupçon dont il ne pourra se débarrasser, même
si la synthèse est suffisamment fidèle pour faire ressortir
les innombrables incohérences du corps social, voire ses conflits
: le Gouvernement devra trancher et ne peut donc espérer que
le « Débat national » le décharge de sa responsabilité,
qui reste de soumettre au Parlement le projet d’une loi qu’il
aura rédigée non en fonction, mais en dépit des
pressions exercées éventuellement par une large part du
corps social : s’il a fallu emprunter la voie législative
pour rendre l’instruction obligatoire, c’est bien parce
que, dans le corps social, des groupes de pression s’opposaient
à la diffusion du savoir.
La Société des agrégés l’a maintes
et maintes fois rappelé : en France, le savoir transmis et acquis
n’est pas une prestation sociale susceptible d’être
créée, augmentée, diminuée ou supprimée
en fonction des attentes de la société ou des besoins
de l’économie. Selon la Constitution, enseigner est un
devoir pour l’État, s’instruire est un droit. L’aspiration
à plus de diplômes ne saurait être interprétée
dans tous les cas comme une demande d’instruction supplémentaire,
mais une école qui n’instruirait pas chacun au mieux de
ses facultés serait radicalement injuste.
S’il faut donc juger le fonctionnement actuel du système
scolaire, c’est en le rapportant au principe fixé par la
Constitution de la République française : « l’organisation
de l’enseignement public, gratuit et laïque à tous
les degrés est un devoir de l’État », et non
pas en le rapportant au critère trop exclusif de la courbe du
taux d’accès aux diplômes, sans considération
suffisante du contenu et de la valeur de ces diplômes.
SUR LE DÉROULEMENT DU « DÉBAT NATIONAL »
Bien que le « Débat national » soit conçu
et organisé pour que les individus s’expriment, de préférence
à la seule consultation des organisations (principe auquel chacun
peut deviner que nul ne se tiendra), la Société des agrégés
ne manquera pas, en tant qu’association, de faire connaître
ses vues à toutes les autorités de l’État,
ne serait-ce que pour éviter de se voir imputer des idées
qui ne seraient pas les siennes.
Parmi les sociétaires, certains, se référant aux
documents préparatoires, voient dans les orientations du débat
une raison de s’abstenir, beaucoup se demandent comment participer
efficacement. Tous se demandent comment faire pour ne pas laisser les
futures conclusions du « Débat national » refléter
toujours les mêmes préjugés des mêmes idéologues,
ou comment s’y prendre pour ne pas contribuer involontairement
à des mesures néfastes.
En réalité, le Bureau ne peut répondre aux questions
que lui posent les sociétaires autrement qu’en leur signalant
ce qu’il a découvert d’une part dans les documents
préparatoires (qui, comme tels, et en principe, n’engagent
cependant pas le Gouvernement), d’autre part en leur disant ce
qu’il a trouvé dans les interventions officielles, ou dans
la presse et avec toutes les réserves qui s’imposent à
propos d’un écho de presse, pour autant que ces trouvailles
annoncent les questions susceptibles de surgir dans les débats
organisés à l’échelon local.
Un débat organisé à propos de la mise en œuvre
de la laïcité, ou de l’égalité des chances
d’accès au savoir peut offrir l’occasion de montrer
l’actualité des principes dont la défense justifie
en permanence l’action de la Société. Ces principes
sont évidemment : le caractère national de l’enseignement,
dont dépend l’égalité d’accès
au savoir dans tout le territoire national ; le principe du recrutement
par les concours nationaux, dont dépend non seulement la compétence
scientifique et pédagogique des professeurs, mais encore leur
impartialité, par le fait que les candidats sont départagés
sur le vu de nombreuses épreuves écrites corrigées
sous couvert de l’anonymat, et d’épreuves orales
appréciées collégialement ; en effet une condition
essentielle du caractère laïque de l’enseignement,
dont on parle tant actuellement, réside dans le fait que les
professeurs lauréats des concours nationaux d’une part
sont recrutés en fonction de leurs seules compétences,
par des épreuves qui ne permettent aucune évocation
du domaine privé (que ce soit à l’initiative
du jury ou à celle du candidat), d’autre part dans le fait
qu’ils sont évalués en fonction de leurs compétences
dans une discipline correspondant à un ensemble de connaissances
accessibles à la raison de chacun. Cette discipline leur donne
une identité professionnelle qui n’a heureusement rien
à voir avec le « parler de tout et de rien » parfois
prôné, mais si dangereux pour l’impartialité
de l’enseignement.
De même, et tout en reconnaissant l’utilité des échanges
entre professeurs au sein des conseils de classe ou des conseils d’enseignement
par discipline, avons-nous depuis longtemps fait ressortir le danger
de ces « équipes » ou « conseils pédagogiques
» ou « commissions pédagogiques » que l’on
veut créer dans les établissements, comme s’il était
possible d’ignorer que se mettra ainsi en place une hiérarchie
parallèle favorisant le caporalisme et l’embrigadement.
Dans le domaine pédagogique, il peut être utile d’illustrer
les inconvénients des modifications trop fréquentes des
programmes nationaux, la nécessité d’horaires nationaux
appropriés à chaque matière, et, en général,
la nécessité de mettre fin à ce que beaucoup de
collègues ressentent comme un démantèlement.
La mention, dans un débat organisé à l’échelon
local, de l’une des fausses solutions que le Bureau a trouvées
toutes prêtes dans les divers documents préparatoires justifie
évidemment la vigilance. À l’avis du Bureau, il
faut par exemple repousser l’idée (exprimée dans
les Éléments pour un diagnostic sur l’école,
page 105) qu’une nouvelle réforme du lycée devrait
passer par une grande simplification des « voies » (alors
qu’il faut au contraire recréer au sein de la voie générale,
dans la série S au moins une section correspondant aux anciennes
séries E et E’, et au sein de la série L des sections
susceptibles d’y attirer de nouveau même des élèves
ayant jusque-là obtenu d’excellents résultats scolaires)
; il faut défendre une fois de plus le baccalauréat contre
les attaques auxquelles la presse se sent de nouveau encouragée
par le rapport préparatoire au « Débat national »
(Éléments, page 105) ; il faut dénoncer
l’éloge du projet d’établissement, les éloges
de la hiérarchie parallèle des « commissions pédagogiques
» propres aux établissements (Éléments,
page 137), ainsi que les éloges donnés à une «
saine émulation entre les établissements » supposée
guider « le choix des familles » (Éléments,
pages 64 et 65), toutes mesures qui constituent la monnaie de l’autonomie
des établissements ; il faut repousser nettement les suggestions
d’une atteinte au statut général et aux statuts
particuliers des professeurs (annualisation des services, évoquée
par M. Luc Ferry, le 16 septembre au cours d’une audience
; réflexion sur les obligations de service annoncée le
20 novembre par le Président de la République (1)
; allusion du Président de la République à la mise
en œuvre d’un nouveau système d’évaluation
des professeurs, après qu’un article, publié en
pleine page dans le Figaro du 17 novembre, eut mis en cause
le système de la double notation, administrative et pédagogique).
Le Bureau jugerait à tous égards regrettable que ce «
Débat national », qui se présentait comme l’entame
d’un travail entrepris pour reconstituer les conditions d’une
authentique instruction, reconstitution que les professeurs sont les
premiers à espérer, prît l’aspect (cet aspect
fût-il trompeur) d’une révision statutaire : si les
organisateurs du « Débat national » tenaient à
torpiller une telle réforme pédagogique, ils ne pourraient
y parvenir plus sûrement qu’en suggérant que pourraient
être ôtées au corps enseignant les garanties statutaires
dont la Société des agrégés a régulièrement
rappelé combien elles sont indispensables.
Par son caractère foisonnant, la formulation des 22 questions
devrait permettre aux sociétaires qui veulent intervenir–
quoi qu’ils puissent penser au fond de cette formulation –
de repérer des points précis auxquels ils pourront rapporter
leur propre argumentaire, si le débat devenait un peu confus.
Le Bureau sera reconnaissant aux sociétaires de lui faire savoir
ce qu’ils pensent de cette première analyse et de ce schéma
pour l’intervention de la Société et des sociétaires,
et d’avance il les en remercie.
Le 21 novembre 2003
Geneviève ZEHRINGER
(1) NDLR : Au 8 décembre, nous disposons des
informations suivantes :
- Entendu le 28 octobre 2003 par la Commission des Finances de l’Assemblée
nationale, Monsieur Luc Ferry s’est ainsi exprimé:
« D’autres champs d’économie sont possibles dans
l’éducation. Certains passent par la redéfinition
des services par développement de la bivalence, l’annualisation
des services et la rationalisation des offres de formation, notamment
pour les petits diplômes. Ces chantiers doivent être débattus,
en particulier avec les syndicats ».
- Toutefois, dans le cadre de l’émission Le Grand Jury
du 23 novembre 2003, Monsieur Xavier Darcos, dont Monsieur
Pierre-Luc Séguillon venait de solliciter l’avis sur
l’éventualité d’une « annualisation du
service », a répondu: « L’annualisation du service
n’est pas à l’ordre du jour […] car nous sommes
très attentifs à veiller à l’organisation des
services telle qu’elle est aujourd’hui conçue […] Nous
n’allons pas y revenir […] Simplement il faudrait peut-être
faire en sorte que nos concours ouvrent à des missions un peu différentes,
par exemple que les agrégés soient plus en lycée
et dans le supérieur, et qu’on évite de les mettre
en collège... par exemple ».
- Entre-temps, en réponse à une question posée de
vive voix par la Société des agrégés de l’Université
dans les jours qui ont suivi l’allocution prononcée le 20
novembre par Monsieur Jacques Chirac, le Cabinet du Président
de la République a souhaité écarter nettement l’idée
que le service du personnel enseignant pourrait être alourdi ou
annualisé.
Informations pratiques :
15 000 réunions sont organisées au titre du « Grand
débat » entre le 17 novembre et le 17 janvier, dont une
moitié dans des établissements scolaires et une moitié
à l’extérieur de ces établissements. L’accès
à ces réunions est libre. Lieux et dates sont publiés
par département sur le site internet du Ministère de l’éducation
nationale : www.education.gouv.fr.
Un espace d’expression dans le cadre du « Grand débat
» est également prévu sur ce site.